10 innovations à suivre dans la philanthropie

En cette période de transformation de notre société, l’innovation a de nouveau le vent en poupe. Et la philanthropie n’y échappe pas ! Mais, l’innovation philanthropique  se résume souvent à celle des organisations, des ONG ou plus souvent encore des entreprises sociales. Trop rarement à celle des donateurs ou de leurs fondations. Une récente étude de New Philanthropy Capital à laquelle j’ai eu la chance de contribuer comme expert vient combler cette lacune. Elle retient 10 innovations philanthropiques venant du monde entier et qui sont à l’initiative des donateurs. Il s’agit de promouvoir des pratiques innovantes qui améliorent l’impact et la qualité de la philanthropie. Difficile d’en choisir une plus qu’une autre. Parmi ces 10, je vous propose un éclairage sur trois d’entres-elles :

  • Dasra, ou comment rassembler les communautés de donateurs en Inde. Développer la coopération dans des cercles de donateurs part de l’idée simple que le collectif est plus fort que la somme des individus. Une démarche pas si facile quand le don est vécu comme une démarche individuelle. Si aux USA, on compte plus de 600 de ces cercles qui réunissent quelques 12 000 adhérents, cette pratique n’est pas courante dans les marchés émergeants. En Inde, Dasra a lancé une variante très intéressante de ces cercles de donateurs car elle permet, en plus de la mutualisation des fonds, le développement des stratégies d’impact et d’apprentissages communes. Chaque cercle rassemble dix donateurs contribuant à hauteur de USD 50’000 sur une période de trois ans. Dasra combine une recherche pointue sur un thème donné et des opportunités concrètes de soutien à travers un portefeuille d’organisations.
  • 100% d’impact investing : la Fondation KL Felicitas, créée en 2000 par Charly et Lisa Kleissner avec USD 10 millions, a décidé d’investir l’ensemble de son capital exclusivement dans des investissements d’impact. L’idée est de créer un cercle vertueux entre leur donation et les investissements de leur fondation pour optimiser l’impact sur la société. Pour accroitre encore l’impact de leur action, les fondateurs ont créé un réseau, le 100% Impact Network. Le réseau regroupe aujourd’hui 40 fondations ou donateurs particuliers pour des avoirs de plus de USD 3,5 milliards. Son objectif est de partager les meilleures pratiques d’impact investing.
  • Shell, ou comment apprendre de ses erreurs : Une fois n’est pas coutume pour une Fondation, Shell a décidé, après 10 ans et  USD 78 millions engagés par sa Fondation, de faire une étude d’impact de ses soutiens et de les comparer à d’autres fondations. Les résultats sont cinglants : près de 80% de ses donations n’atteignent pas les résultats escomptés, notamment en termes de durabilité et de déploiement des projets soutenus. La Fondation a publié ces résultats dans un rapport qui souligne notamment les causes de ses échecs. Depuis, la Fondation a fondamentalement changé son approche vis-à-vis de ses partenaires et démontré combien on peut apprendre de ses erreurs.

Ces innovations philanthropiques pourraient connaître un terreau propice en Suisse qui, outre sa culture de la philanthropie, continue à occuper le podium des places innovantes. Cette audace pour essayer des nouvelles formes d’engagement est d’autant plus importante aujourd’hui que certaines voix influentes – à l’instar d’une récente étude d’Avenir Suisse – s’élèvent pour demander des régulations plus strictes aux fondations en Suisse. Comme le disait Einstein : « If you always do what you’ve always done, you’ll always get what you’ve always got.”

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 03.11.14

Comments are closed.

print