2-Réfléchissons à ce que nous pouvons faire ensemble au lieu de discuter de ce que nous croyons séparément…

Afin de poursuivre  cette réflexion entre actions et croyances, pour le « agir ensemble » v.s les désaccords idéologiques ou scientifiques, l’actualité d’évènements sur la thématique de la nourriture et de l’agriculture peut servir d’illustrations.

En Suisse la Semaine du goût en septembre, a regroupé comme chaque année des personnes d’horizons divers autour de valeurs communes portées par la nourriture locale et traditionnelle. En effet quoi de plus sympathique que de partager un repas, d’en discuter d’abord le goût puis son implication sociale et économique. Dans le même esprit, Food Focus organisait des débats et des projections de films à Genève sur la préservation des ressources naturelles et le commerce équitable. Puis il y eut la grande messe Slow Food Terra Madre à Turin fin octobre, et la conférence Slow Money aux USA en novembre. Les débats réunirent consommateurs, producteurs, politiciens, universitaires et investisseurs autour des enjeux de la politique agricole, de son impact, de son financement et du « juste prix » à payer pour la survie des producteurs et la maîtrise des externalités.

Sans être d’accord sur tout, ces manifestations conviviales permettent à leurs membres de décider d’actions en commun. Par exemple pour produire et transformer à proximité des villes au lieu d’avoir des aliments qui parcourent des milliers de kilomètres, ou encore pour la sauvegarde des graines et de la biodiversité, ainsi que des initiatives d’agriculture urbaine.Il est également intéressant de constater que cette discussion n’est pas réservée à quelques spécialistes ou militants puisque la Conférence Climat 2015 de Paris et l’Exposition Universelle de Milan (Nourrir la planète, Energie pour la vie) porteront sur cette problématique. C’est aussi sur des questions agricoles que les discussions de l’OMC avec l’Inde, ou le traité TAFTA, bloquent.

L’agriculture est un sujet de discorde fréquent. Allez expliquer aux syndicats d’agriculteurs conventionnels qu’il est possible de nourrir la planète avec du Bio, ou à un écologiste que sans pesticides la production agricole s’écroulerait, et vous verrez qu’on se retrouve vite à la préhistoire de l’intelligence collective. Cependant tout le monde s’accorde pour dire que notre organisation actuelle ne sera pas capable de nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050. Ainsi au lieu de se disputer sur “la solution dominante, technique ou idéologique, un peu de bon sens et d’écoute montrent que ce sont un ensemble de solutions et de mesures à mettre en place en bonne intelligence de la planète et des hommes qui corrigeront la dérive actuelle.

C’est bien dans ce sens que vont des films comme “Solutions locales pour un désordre global” de C. Serreau et les “Moissons du futur” de MM.Robin. Puis à la suite d’une large campagne réussie de Crowdfunding, le film “Réenchanter le monde” montre ceux qui “inventent le monde de demain à partir des meilleures solutions d’aujourd’hui”. C’est exactement ce que décrit le livre de P.ServigneNourrir l’Europe en temps de crise”. Constatant que notre système alimentaire actuel est devenu toxique et vulnérable, il propose des solutions pour construire un autre système, au départ parallèle et complémentaire, qui se révélerait ensuite plus résilient en cas de crise climatique ou énergétique.

Toujours avec cet esprit coopératif,  l’Impact Investing amène des capitaux pour des investissements qui peuvent, sans aller jusqu’à réenchanter le monde, au moins le rendre plus supportable et soutenable en créant des emplois non délocalisables, en corrigeant des déséquilibres sociaux et en préservant les ressources naturelles. Une fois de plus, ce n’est pas ici s’opposer ou dénoncer les marchés financiers, mais montrer qu’il est souhaitable que dans un portefeuille classique, privé ou institutionnel, ces investissements cohabitent. A mon avis cela est même nécessaire aujourd’hui d’un point de vue du risque de diversification et de corrélation, puis pourrait se révéler prochainement indispensable en terme de résilience de l’investissement et de sources de revenus.

Sans aller jusqu’à se révolter (contre l’absurde), comme le suggère A.Camus “Ce que je sais, ce qui est sûr, ce que je ne peux nier, ce que je ne peux rejeter, voilà ce qui compte. Je peux tout nier de cette partie de moi qui vit de nostalgies incertaines, sauf ce désir d’unité, cet appétit de résoudre, cette exigence de clarté et de cohésion” il est au moins utiled’agir pour éviter que l’à peu près du court terme soit la règle et le sérieux du long terme, l’exception.

SFG // A. Jung // 19.12.14

Comments are closed.

print