Algorithme un jour, algorithme toujours, et pourtant il manque le plus important …

Internet et notre connexion désormais constante aux media sociaux a révélé une mésaventure “technique” en début d’année. Avec l’Algorithme de Facebook “Year in review”, certains utilisateurs ont pu voir défiler un évènement qu’ils auraient préféré oublier. C’est ce qui est tristement arrivé à Eric Meyer qui a revu les photos de sa fille décédée. Il a alors dénoncé la “cruauté algorithmique”.

L’Algorithme, une suite logique d’instructions et d’actions pour aboutir à un résultat, est maintenant passé du stade d’outil d’aide à la décision à une position que beaucoup jugent comme inquiétante. En effet si l’utilisation principale d’internet se résumait il y a quelques années aux emails et à la recherche passive d’informations, dorénavant le web 2.0 a changé les choses. Sans aller jusqu’à dire que “10 Algorithmes dominent le monde”, il faut quand même s’interroger sur la pertinence des moteurs de recherche (Google) ainsi que sur la place du libre arbitre dans nos achats (Amazon), avec nos relations professionnelles (Linkedin) ou nos amis (Facebook).

Google oriente la recherche vers les sites les plus populaires et l’utilisation de l’historique pour aller plus vite la restreint encore. N’est ce pas ainsi le risque de rester dans son mode de pensée et de ne bénéficier que d’une liberté orientée? Faire une recherche sans s’identifier mène d’ailleurs à des résultats différents. Cela est encore plus choquant avec la disparition de la presse papier et la multiplication des informations relayées par des sites ou des applications déjà visitées. Enfin l’orientation du consommateur selon son profil est une pratique courante de l’ecommerce.

Il est alors nécessaire de comprendre l’intention des auteurs de ces algorithmes. De cette intention découle une structure qui ensuite détermine des comportements et ce serait dommage que toute notre vie sociale ne se résume qu’à “un like” et notre domaine de recherche aux articles sélectionnés par un programme ou aux informations relayées par “nos amis”.

D’un point de vue économique les Algorithmes en finance ont été vivement critiqués, puisqu’au départ utilisés pour analyser des tendances, ils sont devenus acteurs avec le High Frequency Trading. Comment relier la notion d’investissement avec le fait de remplir en une micro seconde les carnets d’ordres de milliers de transactions pour ensuite se retirer et taper le prix souhaité ?

A l’opposé, une finance sociale et humaine se mettrait en place avec le Crowdfunding. Est ce alors complémentaire ou concurrent du microcrédit et de l’impact Investing? Des études académiques4 montrent que pour réussir une campagne de Crowdfunding, il faut créer une communauté autour du projet et l’animer régulièrement (la preuve avec le succès de “Graines de vie” soutenue par le réseau LaRucheQuiDitOui)1. Les sites de Crowdfunding deviennent une variante des media sociaux et sont aussi gouvernés par des Algorithmes. C’est bien une fois de plus de l’intention du concepteur de l’algorithme dont il faut parler afin d’éviter certaines dérives et rester dans le domaine de la libre intelligence sociale et collective et non de l’intelligence artificielle. Attention car recevoir de façon automatisée des données personnalisées et contrôlées “remplace notre sélectivité et notre subjectivité des perceptions” 5 générant des réponses reflexes plutôt que raisonnées.

La place de l’Algorithme est incontournable, pour le meilleur et pour le pire. Déconnecter internet ne permet pas non plus de leur échapper puisque les feux rouges, les caméras de surveillance et la plupart de la logistique d’une ville et de votre vie courante en découlent.

Cependant à ma connaissance il manquerait l’Algorithme le plus important. Celui qui aide à résoudre le problème du “passager clandestin”, plus spécifiquement en vue des décisions à prendre pour éviter un changement climatique majeur. En effet il semble plus utile pour un pays de ne rien faire et d’attendre que les autres réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre puisqu’ainsi il en bénéficiera. C’est aussi un aspect difficile à évaluer dans le calcul des externalités et de la logique pollueur payeur. Une fois encore l’initiative privée, l’Impact Finance, les obligations vertes et les social bonds apportent une partie de la réponse, juste avec du bon sens et du sens commun.

Ces questions reviendront certainement tout au long de l’année avec la conférence climat à Paris, mais aussi en cas de krach financier ou de “Flash crash”, de révolutions sociales avec l’émergence de nouveaux pouvoirs relayés par internet en Grèce et peut être en Espagne. Comme l’écrivait justement l’auteur de Big Brother “à une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire”2 

1 M.Beier and K.Wagner Crowdfunding between social media and e-commerce HTW Chur
2 Georges Orwell, 1984

SFG // A. Jung // 13.02.15

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