Banques : quelles solutions (ne pas) offrir en philanthropie

Après des hésitations cette dernière décennie, la philanthropie s’impose dans la majorité des établissements bancaires comme un service à la fois nécessaire et utile pour répondre aux demandes grandissantes des clients. Rattaché à la banque privée pour les clients individuels, elle trouve aussi sa place dans les services institutionnels lorsqu’il s’agit de servir des grandes fondations. Rien qu’en Suisse on estime le patrimoine des Fondations d’utilité public à près de CHF 70 milliard. S’il n’y pas de doute que la philanthropie a sa raison d’être, il est moins aisé de savoir jusqu’à où les solutions sont proposées in-house, ou quand il s’agit d’investir dans des infrastructures indépendantes et de travailler avec partenaires externes.

La Banque de Luxembourg a pris des options stratégiques depuis plus de 10 ans qui fait de cet établissement non seulement un acteur reconnu pour la persistance de sa vision envers ses clients, mais aussi un acteur incontournable en Europe pour son engagement à faire de ce sujet un service reconnu pour sa place financière. Instigateur de cette stratégie, et Secrétaire Générale de la Banque de Luxembourg Philippe Depoorter répond à nos questions.

Quels sont les éléments clés du positionnement de la Banque?

Dès 2007 nous avons décider d’offrir à nos clients, des prestations en lien avec nos trois métiers : (1) à nos clients de la banque privée d’abord, nous proposons un accompagnement dans leurs projets ou leur découverte de la philanthropie, (2) en tant qu’asset manager, nous gérons les avoirs et dotations de fondations et d’associations, et enfin (3) aux promoteurs de fonds d’investissement, de microfinance ou d’impact investing en l’occurrence, nous mettons à disposition notre savoir-faire lors du set up de leur véhicule. Nous avons parallèlement décidé de consacrer l’essentiel de notre mécénat financier et de compétences, au développement de la philanthropie, de l’entreprenariat social et de l’impact investing à Luxembourg.

Qu’est ce que la Banque a décidé de faire ?

Dans tous ces domaines, nous avons décidé de nous en tenir à notre métier de banquier. Et lorsqu’il s’agit d’accompagner nos clients philanthropes, nous nous en tenons à les aider à définir leur profil de donateur -comme nous le faisons pour leur profil d’investisseur-, à trouver ou mettre en place le véhicule requis (fonds abrité, fondation d’utilité publique, …) puis à gérer la dotation. Nous sommes très circonspects lorsque nous observons certains confrères mettre en place des fondations destinées à proposer des projets à leurs clients, se lancer dans la sélection de projets, et plus récemment, promettre de les aider à mesurer l’impact social ou environnemental. Il semblerait que le monde financier manque parfois d’humilité au point de revendiquer des savoir-faire devenus aujourd’hui pourtant hautement spécialisés.

Et de faire faire par d’autres? Et pourquoi?

Dès lors que nos clients sont décidés sur la nature de leur projet, nous les mettons en relations avec des spécialistes du monde de la philanthropie. Faire le bien est une chose, bien le faire en est une autre. Nous ne disposons ni du temps, ni de l’infrastructure et moins encore des compétences pour prétendre être en mesure d’aider nos clients à planifier ou suivre leurs projets. Tout comme les besoins se multiplient, les façons d’agir évoluent rapidement. La philanthropie est devenue un métier ; et ce métier là n’a pas sa place dans une banque. Notre rôle, en tant que dépositaire des avoirs et de la confiance de nos clients est de faire avec eux les premiers pas ; puis de les présenter aux spécialistes que nous avons sélectionnés. Nous devons avoir l’intérêt des bénéficiaires pour unique objectif. Et nous réjouir de savoir notre client entre de bonnes mains.

Quel(s) sont les principaux bénéfices pour la Banque ?

Notre motivation première est de pouvoir apporter une réponse à une demande de nos clients. Et quand bien même notre accompagnement en la matière est délibérément limité, il est très riche en enseignements : la connaissance comme la reconnaissance de nos clients s’en trouvent démultipliée. Et lorsqu’il s’agit d’une fondation à dotation, nous retrouvons bien entendu les intérêts qui sont ceux de la pratique de notre cœur de métier.

Est-ce un engagement de la Banque pour ses clients ou un centre de profit?

La philanthropie et ses activités connexes ne sont pas suffisamment développées pour espérer en faire un centre de profits à proprement parler. Et l’on pourrait d’ailleurs s’interroger sur la déontologie du propos. Mais il ne s’agit clairement pas d’un centre de coûts non plus. Et s’il s’avérait que le temps et les ressources investis venaient à ne pas s’équilibrer avec les recettes financières engendrées, nous nous disons qu’il s’agit là d’un apport supplémentaire aux ressources que nous consacrons à notre engagement citoyen !

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 26.11.15

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