Ô rage, eau désespoir, ô vieillesse ennemie…

Patricia actuellement au Mexique, Xynthia en France, Sandy à New York, Narguis en Birmanie, Bopha et Haiyan aux Philippines à 1 an d’écart (2012 et 2013) et  deux Tsunami en Asie. Des noms qui rythment désormais chaque année de notre 21ème siècle. Les victimes se comptent en centaines de milliers et les dégâts en centaines de millions… N’ai je donc tant vécu que pour cette infamie? (Le Cid)

Selon l’OMM1 ces phénomènes extrêmes constituent des indicateurs de l’évolution du climat. Le XXIe siècle compte déjà 13 des 14 années les plus chaudes jamais observées depuis 1850, et chacune des trois dernières décennies s’est révélée plus chaude que la précédente. Or « Le changement climatique a pour conséquences l’augmentation de la densité des précipitations, la montée du niveau des mers, l’augmentation de la puissance et de la fréquence des ouragans, cyclones, et typhons. Les inondations sont responsables de 40% des victimes de catastrophes naturelles. 13 % de la population urbaine mondiale vit sur des côtes à risques, qui ne couvrent pourtant que 2 % de la surface »2

Sommes nous donc en train de perturber le cycle de l’eau? Cycle exemplaire en simplicité et en perfection. L’eau, sous l’action du soleil, s’évapore, se condense, voyage puis se transforme en précipitations pour venir réapprovisionner nos lacs, fleuves et nappes phréatiques. 97.3% de l’eau se trouve dans les océans, 2% dans les glaciers et seulement 0.70% en eau souterraine et lacs. Mais une fois de plus nous arrivons à des limites. La consommation humaine actuelle d’eau douce dépasse largement sa régénération.

Les pays les plus gros consommateurs d’eau sont les Etats Unis, la Chine, l’Inde. Pour les USA ce sont 1841m3 par an par habitant. L’Europe, en moyenne 3 fois moins. Dans les pays développés, la consommation individuelle quotidienne se répartit en boisson pour 2 litres, cuisine 5l, douche 60l, bain 120l, chasse d’eau 10l à chaque utilisation, lave vaisselle ou lave linge 60l. Sans aller jusqu’à rendre obligatoire les toilettes sèches, juste brancher l’écoulement de sa douche aux chasses d’eau serait du bons sens (et pas l’inverse !!!). Cette consommation individuelle ne représente que 10% de la consommation d’eau. 20% sont utilisés par l’industrie. Par exemple environ 300l sont nécessaires pour fabriquer 1kg de papier, 1250l pour 1kg d’aluminium, 2700l pour un T-shirt, 11 000l pour un jean et 400 000l pour une voiture3. Financer des processus économes en eau dans une économie «soutenable» est impératif. En terme de transition, nous parlons bien d’énergies renouvelables mais que penser alors du renouvellement, pourtant naturel, de l’eau ? Il est devenu un risque majeur.

Les autres 70% sont utilisés par l’agriculture et l’irrigation. Le changement au 20ème siècle des pratiques agricoles, comme la priorité aux grandes surfaces, la suppression des haies et la déforestation limitent la retenue des eaux et provoquent les écoulements. Du sol s’en va avec l’eau à chaque inondation. Une raison de plus pour changer cette agriculture intensive favorisée au cours des 40 dernières années. La modifier passe par notre nourriture et donc par notre consommation d’eau (virtuelle). 1kg de bœuf  nécessite 15 000l d’eau et 1kg de poulet 4000l. En 2014, sont passés par les abattoirs 70 milliards d’animaux et 90 milliards de volailles. Certes 1kg de riz a besoin de 3000l d’eau et de blé 500l, mais un régime végétarien demande moins d’eau qu’un régime carné. Aussi des techniques agricoles de plus en plus économes en eau sont développées en MicroFermes, Permaculture, rizière et agriculture urbaine.

Sans jugement moral mais juste ici en terme d’eau, nous voyons que tout est lié. Nous, humains, formons sur terre un ensemble avec la nature, les animaux et leurs cycles. Beaucoup font ce constat d’emballement et de dérives de notre système. Il faut remettre de la mesure dans la démesure pour éviter une rupture brutale, un effet de seuil irréversible, voire un effondrement. Je ne veux pas être donneur de leçons, n’étant pas moi même exemplaire, et ne voulant pas apparaître comme trop pénible, mais il faut prendre conscience de la répercussion de chacun de nos gestes, de nos habitudes et penser à les modifier. Que le court terme individualiste ne soit plus la règle de notre quotidien et l’action collective, à long terme, l’exception. «Nul n’est besoin de faire de la terre un paradis : elle en est un. A nous de nous adapter pour l’habiter » H.Miller.

Alors agissons rapidement car avec la montée des eaux nous risquons de changer d’échelle. Ce sont bien les victimes et les réfugiés qui cette fois se compteront en centaine de millions et pas seulement les dégâts matériels.

1 : OMM Organisation Météorologique Mondiale

 http://www.lepoint.fr/environnement/typhons-canicules-inondations-la-planete-se-rechauffe-a-vue-d-oeil-24-03-2014-1805123_1927.php

2 :Verdura.com

3 : attention tous les chiffres ne sont pas homogènes et des différences de calcul apparaissent

 Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // A. Jung // 27.10.15

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