Genève, capitale de la philanthropie?

Ces dernières semaines, Genève a connu une certaine effervescence autour de la philanthropie, avec notamment la venue de la conférence annuelle de l’European Venture Philanthropy Association (EVPA) qui a attiré plus de 500 personnes et professionnels de 31 pays. Cette réussite nous rappelle que Genève a des atouts indéniables, mais doit aussi nous faire nous interroger sur la manière dont Genève peut accompagner une philanthropie en mouvement.

Les discussions et les experts du secteur s’accordent souvent à dire que les trois piliers de l’attractivité d’une place réside sur un seuil d’activité domestique suffisant, un portefeuille d’expertises reconnues et un cadre réglementaire porteur.

La Suisse connaît une des densités les plus importantes de fondations d’utilité publique, avec une fondation pour 620 habitants et Genève a connu le plus haut taux de croissance de nouvelles fondations de notre pays. Genève a vu aussi l’émergence de plusieurs initiative ces dernières années, avec par exemple la création du réseau Giving Women, la création de la Maison des Fondations ou encore de la fondation abritante indépendante Swiss Philanthropy Foundation. Les donateurs, entrepreneurs ou légataires ont changé, devenant plus impliqués et plus exigeants quant à leurs engagements philanthropiques.

En termes d’expertises, le développement de la philanthropie à Genève est soutenu par de nombreux métiers, traditionnels ou novateurs, tels que le private et wealth management, le conseil juridique, la structuration financière, et le conseil en philanthropie bien sûr. Plus récemment, la finance d’impact social (impact investing) gagne un momentum intéressant. Cet outil – qui fait beaucoup parler de lui – n’est pas une remise en cause de la philanthropie traditionnelle mais plutôt une nouvelle corde pour certains philanthropes pour laquelle la conférence de l’EVPA a permis de mettre en évidence la formidable richesse entrepreneuriale et pionnière de la Suisse.

L’impact investing a su anticiper une tendance pour des approches qui combinent performance financière et impact social. A titre d’exemple, la Suisse gère 30% de la micro-finance mondiale et deux de ses leaders mondiaux avec BlueOrchard et Symbiotics sont basés à Genève. On retrouve ce même souffle entrepreneurial dans l’impact investing avec Bamboo Finance, Quadia ou Impact Finance. Nous avons en Suisse une culture libérale encourageant l’initiative individuelle.

Les succès d’entrepreneurs dont les sociétés sont mentionnées ci-dessus nous montrent bien que Genève a su stimuler des talents locaux et des synergies avec les acteurs internationaux, publics ou privés, basés à Genève. Cette dynamique a créé sans aucun doute un cluster d’une rare diversité.

Pour accompagner des projets internationaux et anticiper les besoins à venir, la Suisse a également besoin d’un cadre réglementaire innovant. A titre d’exemple, en 2013, l’association Sustainable Finance Geneva a mis en avant 6 initiatives innovantes pour rendre les conditions cadres plus compétitives.

En effet, la finance d’impact, et son interface naturelle avec la finance traditionnelle – comme la philanthropie avec son interface naturelle avec les autorités publiques et les particuliers – , auraient beaucoup à gagner d’alliances stratégiques ou d’initiatives conjointes entre acteurs de notre économie et de notre société, pour permettre de rester attractives pour les philanthropes, donateurs ou investisseurs.

Voyageant beaucoup en Europe et dans les marchés émergents, j’ai la conviction que rien n’est tout à fait joué et que nos atouts méritent d’être mieux valorisés et soutenus dans la philanthropie comme dans ce hub de finance d’impact social.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 16.12.13

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