« C’est trop cher ! » – Contre l’argument du coût pour la finance d’impact.

Lors de la table ronde proposée par Sustainable Finance Geneva le 26 mai dernier, sur le thème: Genève, laboratoire de la finance durable?, j’ai été particulièrement intéressée par les propos d’un des intervenants. Il a évoqué la difficulté de faire comprendre aux clients privés ou institutionnels le coût de la méthodologie de gestion de patrimoine dite responsable. Il est vrai qu’en pratique cela influence largement la décision d’aller ou non vers la finance d’impact. Mais la vraie question est de savoir si la finance durable est forcément plus chère que la finance traditionnelle et si oui, pour quelle(s) raison(s) ?

Quand un gérant d’impact propose à un client des solutions responsables pour son portefeuille, il arrive souvent que soit remis en cause le coût d’un tel choix d’investissement. Les honoraires d’un gérant d’impact coûtent parfois plus cher que ceux demandés par les financiers traditionnels.

Plusieurs explications pour cela: d’abord, l’effet de masse qui permet aux gérants traditionnels de réduire leurs coûts internes et donc de proposer des frais compétitifs pour des services et des produits largement éprouvés et régulés, supportés par des infrastructures en place ; conditions dont ne bénéficient pas encore les gérants d’impact. Ensuite, la différence d’expertise proposée par les deux types d’acteurs. Le gérant d’impact offre des compétences qui se fondent sur les fondamentaux de la finance ET sur les aptitudes pluridisciplinaires nécessaires pour prétendre créer de la valeur financière, sociale et environnementale. L’analyse des opportunités d’investissement d’impact implique une perspective multidimensionnelle et un processus plus long de recherches des informations pas aussi accessibles que celles évaluées par les praticiens traditionnels. Par ailleurs, le gérant d’impact se positionne en expert en gestion des risques environnementaux et sociaux. Et cela représente un coût.

La finance d’impact s’intéresse à des projets ou compagnies qui souhaitent résoudre un besoin mal desservi ou jusqu’alors oublié tout en créant VOLONTAIREMENT de la valeur extra-financière. Dès lors, l’investissement est fait dans une perspective durable. Le capital investi doit alors être capable de soutenir cet effort et cela est coûteux.
En plus de cela, très souvent, l’investisseur d’impact offre de l’assistance technique à l’entrepreneur pour l’aider à atteindre les objectifs financiers et d’impact décidés en amont. Cet accompagnement, nécessaire au succès de l’investissement, est également dispendieux.

A noter que le retour sur investissement d’impact produit une combinaison de bénéfices sur plusieurs niveaux. Et cela, bien évidemment, a un coût.

Dans la plupart des cas, c’est le client final qui décide de faire la démarche d’investir durablement car cela correspond à ses convictions profondes. Il est prêt à s’engager financièrement et dans le temps pour voir ce type d’investissement réussir. La preuve : la demande pour ces prestations dites d’impact existe et croît fortement ces dernières années, notamment chez les clients privés.

Les services offerts par la finance durable et par la finance classique sont par essence différents. Aussi la comparaison n’est pas forcément pertinente, même s’il est toujours intéressant d’essayer de créer des benchmarks, surtout lorsqu’une industrie est aussi nouvelle et innovante que la finance d’impact. Il appartient au gérant d’expliquer clairement les bienfaits des solutions qu’il propose et de la valeur qu’une méthodologie responsable peut créer de façon durable.

Finalement, en regardant de près ce « surplus » on se rend compte qu’en fait, proportionné à la spécificité de l’investissement d’impact, la structure de coût est justifiée (la prestation spécifique et experte, le temps d’investissement, la proposition unique, les retours sur investissement sur plusieurs niveaux).

Il s’agit désormais de déterminer s’il est possible de générer des solutions de finance durable au coût de la finance classique pour transformer l’investissement d’impact de niche en actif commercial accessible à tous. C’est peut-être le prochain défi de l’industrie…

SFG // S. Durey // 28.05.14

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