Combattre la malaria avec un savon: l’entrepreneuriat social comme on l’aime!

Les investisseurs d’impact vont adorer : deux entrepreneurs sociaux africains ont décidé de s’attaquer au problème de la malaria à l’aide d’un savon !

Les données de l’équation sont connues depuis longtemps. La malaria sévit principalement en Afrique et tue près d’un million de personnes chaque année (parmi lesquels de nombreux enfants). Si les traitements existent, ils sont encore imparfaits et souvent onéreux, ce qui les rend hors de portée pour la plupart des Africains. La solution la plus efficace pour lutter contre la malaria reste donc de se prémunir contre les piqures de moustiques, et beaucoup d’efforts ont été entrepris (avec succès) ces dernières années dans des programmes de prévention, notamment la distribution de moustiquaires ou la vaporisation d’insecticide dans les zones les plus infectées.

Cependant, les moustiquaires ne protègent que la nuit, et l’emploi des insecticides, par ailleurs toxiques, ne permet pas d’éradiquer complètement les moustiques. Il est donc essentiel que les personnes vivant dans les régions à risques puissent compléter ces méthodes avec une protection directe sous forme de répulsifs appliqués sur les habits ou/et à même la peau. Malheureusement, là encore, ces répulsifs sont chers et ne sont pas encore entrés dans les pratiques de consommation courantes des Africains.

Voilà pourquoi la jeune société Fasoap (contraction de Burkina Faso et soap) semble si enthousiasmante (voir vidéo ci-dessous):

– Il s’agit d’une vraie innovation, un produit qui n’existe pas à ce jour et répond à un besoin absolument essentiel

– Créé par des Africains, qui connaissent parfaitement la réalité du terrain et les modes de consommations de leurs compatriotes

– Facile d’utilisation, il ne réclame aucun changement dans les habitudes de consommation des Africains qui utilisent déjà tous un savon de manière quotidienne pour se laver et laver leurs habits

– Bon marché (46 centimes d’euros pièce) facile à produire, il peut également être facilement distribué au plus grand nombre par les canaux de distribution habituels

Bref, Fasoap est une magnifique illustration du potentiel de l’entrepreneuriat social et de l’impact investing : ou comment utiliser la force de l’économie de marché pour résoudre un problème crucial à grande échelle. Car vous l’avez compris, il ne s’agit pas là de distribuer Fasoap gratuitement à quelques personnes bénéficiant d’un programme gouvernemental. Il s’agit de le vendre à un prix aussi compétitif que possible au plus grand nombre de personnes possibles. Pas de problème ici à parler de chiffre d’affaires, de part de marché, de taux de pénétration, de bénéfices (ré-investis, de préférence), etc. Parce que plus Fasoap aura de clients, moins il y aura de paludisme en Afrique ! Et plus il y aura d’emplois locaux…

C’est en tous cas la promesse de cette innovation sociale. Alors certes, le chemin est encore long. Pour commencer, l’efficacité réelle du produit reste encore à démontrer, même si la reconnaissance obtenue auprès de l’Université de Berkeley semble montrer que les fondamentaux scientifiques sont solides. Ensuite, il faut transformer ce qui n’est encore aujourd’hui qu’une start-up en véritable succès commercial. Cela demandera non seulement de trouver les financements pour industrialiser la production, mais également des compétences en marketing, vente, gestion, etc.

On ne peut cependant que leur souhaiter de réussir, grandir, prospérer. Que leurs produits s’améliorent, se diversifient, innovent, restent toujours au plus près de la demande et des habitudes de leur clients. Que leur succès inspirent des concurrents, jusqu’aux Loreal et autres géants des cosmétiques, pour qu’au final on puisse redonner aux entreprises leur fonction première. Non pas celle de gagner toujours plus d’argent (c’est confondre le but avec les moyens), mais plutôt celle de répondre de la manière la plus efficace possible à un besoin (au combien essentiel dans ce cas) de la société.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // B. Gacon // 15.01.14

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