Crash d’avion et crash boursier: ce que la finance peut apprendre de l’aviation

Fin 2012, la justice française confirmait en appel la culpabilité de Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société Générale, pour son rôle dans les prises de position ayant conduit la banque à essuyer une perte de près de 5 milliards d’euros. Cette semaine, ce sont les juges américains qui rendaient leur verdict et condamnaient Fabrice Tourre, l’ex-trader de Goldman Sachs, pour son implication dans le scandale Abacus.

Ces deux épisodes ont largement défrayé la chronique et provoqué de nombreux débats – légitimes – quant à la responsabilité des banques, de leurs collaborateurs et de leurs managers dans les multiples affaires qui ont agité le secteur financier ces dernières années, qu’il s’agisse de Madoff, du scandale du Libor, de la crise des subprimes et autres égarements (ou fraudes) dont les conséquences ont malheureusement largement dépassé les protagonistes principaux.

Ces affaires sont très différentes les unes des autres : certaines sont des dérives collectives ayant conduit au désastre, d’autres sont des délits isolés susceptibles de sanctions pénales. Dans tous les cas cependant, je suis frappé par l’absence d’une réponse systématique et collective aux questions que chacun de ces scandales, dans toute la diversité de leurs situations spécifiques, posent à tous les établissements financiers (et pas seulement à ceux directement concernés).

La comparaison avec le secteur de l’aviation civile est intéressante. Lorsqu’un accident d’avion se produit, ce n’est pas le seul problème de la compagnie aérienne ou de l’avionneur. Chaque accident, chaque erreur, chaque faute donne lieu à une analyse indépendante qui cherche à établir précisément la suite des événements ayant conduit à la catastrophe, non pas tant pour trouver des coupables (même s’il y aurait beaucoup à dire sur l’impunité de beaucoup de dirigeants de banque), mais pour comprendre ce qui s’est passé et combler les failles du système au bénéfice de tous.

Ces analyses sont effectuées de manière publique et transparente, et les conclusions de l’enquête ne sont pas réservées à la seule compagnie aérienne impliquée, mais à toutes les compagnies du secteur afin qu’elles puissent corriger leurs procédures ou changer leurs équipements ayant failli.

Il ne me semble pas que le secteur de la finance soit aujourd’hui organisé de cette manière. Les crises et catastrophes se succèdent sans qu’une analyse systématique de leur cause soit effectuée et partagée entre tous les acteurs, pour renforcer l’ensemble de l’écosystème. Pourtant, chacune de ces catastrophes financières devrait être l’occasion d’améliorer les systèmes de contrôle, de renforcer les garde-fous, de repenser la gestion des risques. Et de faire en sorte que les désastres, au lieu de se répéter continuellement, soient éliminés dans une logique d’amélioration constante.

Aujourd’hui, le régulateur finit souvent par intervenir, une fois que le mal est fait, pour tenter de corriger les excès du passé. Son action rate parfois la cible, est souvent brutale et presque toujours trop tardive.

Le secteur financier aurait tout intérêt à prendre les devants et corriger par lui-même les failles du système sur lequel il repose. C’est à cela aussi que l’on jugera de son degré de responsabilité.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // B. Gacon // 15.08.13

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