(Des)espérances sur l’évolution et l’impact du transport nous demandent encore un peu de patience …

L’été signifie souvent le temps des vacances, elles mêmes synonymes de départs et donc de transports (plus lointains que dans notre quotidien). Prendre l’avion pour “les grandes vacances”est une évolution récente et plus encore son utilisation massive via internet et le low cost. Sans revenir sur les tristes nouvelles qui viennent d’affecter ce secteur, « cela reste le moyen de transport le plus sûr !». Est il pour autant le plus agréable, le plus économique et le plus écologique?

Il est étonnant de constater que presque personne à bord du même avion ne paye le même prix pour le même service. Il est aussi intéressant de noter que ce service s’est terriblement dégradé, ce qui est assez rare dans l’évolution d’une industrie. Beaucoup vous diront qu’avant il y avait un réel plaisir à prendre l’avion, alors qu’actuellement c’est pénible (contraintes de sécurité, retards, manque d’attention pour les passagers, séparation du prix en de multiples fonctions payantes, etc.).

De 1950 à2000 le trafic a été multiplié par 100 et atteint maintenant 5 milliards* de passagers. On comptabilise désormais autour de 80 000 vols par jour (un décollage par seconde!), et une multiplication du trafic par 6 entre 2000 et 2050 est à prévoir. Entre 1980 et 2005 un Paris-NY est passé en équivalent smic de 140 à47 heures*. La chute est encore plus élevée avec la croissance du Low cost ces quinze dernières années. Bonne évolution pour le budget du consommateur et le tourisme? Est-ce vraiment un progrès? Encore un effort …pour ne pas confondre efficacité et efficience

Efficacité du transport aérien, c’est à dire produire le maximum de résultats, certainement car nous allons plus vite et plus loin et sur certaines distances à un meilleur prix que le train ou la voiture.

Efficience, c’est à dire produire de bons résultats en ayant optimisé les moyens nécessaires, pas encore. Si on calcule toutes ses externalités, il faut alors parler de coût global et non plus de prix. Malgréses progrès techniques, l’avion émet 50 fois plus de CO2 que le train**. Un ar Paris-NY représente l’émission annuelle d’un Européen pour ses transports (2.2t sur un total de 9t*). Espérons qu’on ne prendra pas demain l’avion comme aujourd’hui la voiture !!

Ces informations ne sont pas là pour privilégier la voiture, qui globalement produit bien plus de GES, mais cherchent à faire réfléchir1 à notre besoin de transport. En 2010 une éruption volcanique a bloqué toute l’Europe. Beaucoup de voyages furent remplacés par des visioconférences.

Ces 200 dernières années ont vu une évolution spectaculaire dans la mobilité humaine. Alexandre le Grand se déplaçait à la même vitesse que Napoléon alors qu’à l’heure actuelle “le progrès” prépare le tourisme spatial. Toujours plus vite, toujours plus loin et moins cher2. D’après G.B Shaw “dans la vie, il y a deux catégories d’individus: ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi? Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent pourquoi pas?”.

Et si d’internet venait une solution, non en low cost mais en terme d’efficience écologique et sociale. Il y a le co-voiturage bien sûr mais plus récemment le partage entre particuliers de sa voiture3. C’est optimiser l’utilisation d’une voiture qui reste la majeure partie du temps au parking (chez soi la nuit puis au bureau). R.Chase (Zipcar et Buzzcar) estime que chaque voiture partagée remplace entre 5 et 8 véhicules, et épargne 1.2t par an de CO2 et par usager. Le télétravail permet d’approfondir cela. Ainsi à Londres 20% des habitants passent plus de 2h par jour dans les transports, soit l’équivalent d’une journée de travail par semaine. Rester deux jours par semaine à leur domicile économiserait 800kg de CO2 par personne par an4. En Ile de France, si 5% de 4 millions d’employés du tertiaire devenaient télétravailleurs, les embouteillages et la majeure partie des problèmes liés aux transports en commun disparaîtraient.5

L’impact investment peut soutenir ce type d’activités…avec la croyance que la science, la gouvernance et l’intelligence collective réduiront notre demande de déplacements.

* Données àvérifier car elles peuvent être assez différentes selon les sources, informations sur www.planetoscope.com, aussi avec l’Airport Concil International et sur www.planetoscope.com

** L’aviation civile ne représente que 3% des émissions de CO2 mais son impact en gaz à effets de serre doit être multiplié par 3 ou 4 en prenant en compte les autres gaz émis et les aéroports.

1 j’avoue ne pas encore m’être appliqué ces réflexions, l’aéroport de Genève restant très “pratique”

2 Préférez vous alors (vous faire) “voler”, “rouler”, “mener en bateau”, “trainer” ou alors décider de réduire votre mobilité, un peu dans l’esprit du Slow Tourisme ?

3 http://www.2em.ch et www.ouicar.fr et auparavant Mobility

4 article publié sur www.planetoscope.com/transport et 5 sur www.consoglobe.com d’après une étude de l’ADEME

SFG // A. Jung // 21.08.14

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