Donner 100 millions en 10 ans


Expéditeur 
:      Eoghan Stack – ONE foundation

Date :                30 septembre 2013 23:59:00 UTC + 2

Destinataire :    Etienne Eichenberger – WISE conseillers en philanthropie

Objet :               Rép : la One Foundation est-elle unique ?

 

Cher Etienne*,

Je te remercie pour ton message qui fait partie des nombreux témoignages que nous recevons ces dernières semaines à la veille de la fermeture définitive de la ONE Foundation, dix ans après sa naissance.

Comme d’autres tu m’interroges sur cette décision de fermer une fondation qui a rempli sa mission en te posant la question de son impact. Dès sa création, le but que nous nous étions fixé était de créer un impact maximum en allouant le total du capital de 100 millions d’euros sur une période donnée. C’est maintenant chose faite.

Cette période correspond au souhait de notre fondateur de s’impliquer, pendant une phase de vie (de 40 à 50 ans) et d’y apporter son expérience entrepreneuriale. Si l’accouchement s’est fait relativement sans douleur, la croissance ne s’est pas faite sans erreurs (dont je t’épargne la liste) mais celles-ci nous ont permis d’apprendre et d’améliorer notre approche.

La date de péremption, fixée à l’avance, nous a forcé à être audacieux, à faire des choix et à les assumer. Ces jours je mets d’ailleurs la dernière main à notre dernier rapport d’activités. Il sera disponible sur notre site et consultable gratuitement pour les 5 prochaines années. Ce rapport mettra notamment en avant les éléments suivants :

  1. Définir notre stratégie. Notre mission était d’apporter une aide à l’Irlande où le fondateur grandi et où il vit. Dès le début il a souhaité que nous nous concentrions sur ce qui pourrait faire une différence et nous avons commandé une étude sur les besoins de la société en Irlande. Comme tu le sais, nous avons retenu quatre domaines : enfants et familles défavorisés ; handicap mental des jeunes ; intégration sociale ; et entrepreneuriat social.
  2. S’appuyer sur des généralistes. La Fondation a engagé rapidement une team de généralistes expérimentés car nous souhaitions avoir une approche pluridisciplinaire auprès des associations que nous soutenions.
  3. Identifier un modèle performant d’engagement. Pour nous former à ce qui nous correspondait le mieux, nous avons identifié New Profit à Boston, qui a pu nous accueillir quelques semaines dans leur équipe pour nous former. Leur modèle d’engagement, que nous avons adopté, s’appelle le Venture Philanthropy.
  4. Se connecter à des réseaux internationaux. Ne souhaitant pas réinventer la roue, notre fondation a évalué les réseaux existants dans la philanthropie pour échanger sur les bonnes pratiques ; nous avons choisis l’EVPA dans laquelle notre Directrice Exécutive s’est beaucoup impliquée.
  5. Faire des alliances stratégiques avec d’autres donateurs. L’Irlande est petite et nous nous sommes alliés avec The Atlantic Philanthropies avec qui nous partageons les mêmes valeurs et la même approche stratégique (donner le capital sur un temps limité). Cette alliance a été très importante.
  6. Avoir des feed-back anonymes sur les projets soutenus. Quand on a de l’argent, la relation des collaborateurs de la fondation avec les organisations soutenues est forcément biaisée. Nous avons travaillé avec le Center for Effective Philanthropy à Boston pour avoir des feed-back anonymes et personnalisés sur nos collaborateurs ainsi que sur l’impact que nous avions sur nos partenaires.
  7. Evaluation externe indépendante : dans le cas particulier de nos investissements dans nos quatre domaines d’intervention, nous avons eu recours à des évaluations externes indépendantes. La critique principale a régulièrement été notre communication à l’égard des ONG et entreprises sociales que nous soutenions.
  8. Chaque année l’équipe de la fondation organisait une journée de réflexion. Quand on a le nez plongé dans le guidon, on perd parfois la vue l’ensemble. Ces journées de réflexion nous ont permis d’identifier les manquements de nos activités et de lancer de nouvelles initiatives avec des partenaires comme par exemple un fond pour promouvoir le journalisme d’investigation.
  9. Rédaction d’études de cas. Nous avons donné aussi des mandats à des rédacteurs indépendants pour rédiger des études de cas, et d’analyse critiques de nos soutiens. Ceux-ci sont disponibles sur notre site.

A chacune des étapes que je mentionne, la Fondation a eu recours à des conseillers externes afin d’optimiser notre soutien et nos processus. Au final, nous avons soutenu 28 organisations et dépensé tout notre capital. Aujourd’hui cette tendance de donner sur une durée limitée tend à s’imposer comme une véritable alternative pour le donateur.  Au final, je ne sais pas si la ONE Foundation était unique, mais peut-être était-elle précurseur en Europe ?

Bien à toi

Eoghan

* le contenu de cet email est fictif et a pour but de servir d’étude de cas, mais les informations contenues sont le reflet d’échanges réguliers avec l’équipe de la ONE Foundation

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 03.10.13

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