Et si la mesure d’impact était l’ultime révélateur de risques ?

Encore aujourd’hui, aux yeux du monde, l’investissement dit d’impact est considéré comme une alternative à la finance traditionnelle. Pourtant, pour les praticiens de cette méthodologie, il s’agit simplement d’une évolution nécessaire du nombre d’informations prises en compte dans l’analyse d’une opportunité d’investissement.

En effet, certains problèmes sociaux et environnementaux globaux pesant sur la croissance de l’économie mondiale ont été mis en avant par un changement de paradigme dans la façon dont on source, produit, distribue et consomme nos produits et services. Désormais, on s’attache à rechercher la durabilité des activités économiques et l’utilisation efficace des ressources naturelles.

Pour cela, les informations relatives aux éléments d’impact deviennent fondamentales dans l’analyse d’une opportunité d’investissement. En effet, ces données peuvent être utilisées pour comprendre une catégorie de risques régulièrement oubliée. Jusqu’à aujourd’hui, les aspects environnementaux et sociaux liés aux activités d’une compagnie avaient tendance à être intégrés ponctuellement dans l’analyse de risque selon le besoin et souvent seulement considérés comme des externalités ou dommages collatéraux qu’il fallait compenser– ou tout bonnement ignorer.

Dans l’investissement dit d’impact, ces éléments sont étudiés au même titre que les informations financières. La mesure d’impact est considérée comme faisant partie intégrante du modèle d’affaires de l’entreprise et représente un des facteurs indispensables de son succès sur le moyen et long terme.

De la même manière, des projections et des objectifs d’impact sont définis en amont entre la compagnie et l’investisseur responsable au vu du contexte spécifique de la société pour orienter sa stratégie.

L’impact s’avère même être un révélateur de risques – ou dé-risqueur. En effet, la mesure d’impact aide à mettre en valeur les interdépendances ainsi que les risques long-terme auxquels la compagnie va devoir faire face dans un futur proche. Il met en avant un risque stratégique : savoir se positionner correctement pour survivre dans un marché qui évolue suite à un changement de paradigme – comprendre les plus importants défis auxquels l’entreprise va devoir faire face dans le futur et qui vont être amenés à affecter le modèle d’affaires des entreprises en profondeur.

Les types de risques révélés par la mesure de l’impact social et environnemental sont nombreux et importants : réduction de la valeur des actifs, risque de marché notamment dû aux changements de régulation, changement de comportement des consommateurs, changement de l’offre et de la demande, augmentation des coûts de production, révélation d’une dépendance sur une ou plusieurs ressources naturelles devenues rares, risque de réputation…

Prendre ces risques en considération en amont permet à l’entreprise d’anticiper et d’agir en conséquence – réorienter sa stratégie, planifier des solutions de compensation, créer des opportunités en proposant des produits et services adaptés au changement de paradigme, ainsi que valoriser les éléments d’impact avant qu’ils ne deviennent matériels. Les entreprises qui vont chercher de façon proactive à réduire et gérer ces risques vont pouvoir bénéficier de meilleures performances à moyen et long terme.

Toutefois, on ne doit pas oublier l’importance des aspects financiers traditionnellement analysés : gouvernance, management, KPIs, performance, compétition, marché, industrie, outil financier, etc…

Il s’agit seulement d’ajouter une strate à l’analyse correspondant aux éléments d’impact afin de révéler les interactions et interdépendances des risques et des opportunités liées à la durabilité qui ne peuvent plus être ignorées.

SFG // S. Durey // 27.03.14

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