Finance Durable : Follow the Frog

Il y a quelques semaines je publiais sur ce même site un billet de blog qui s’employait à tirer quelques leçons d’une vidéo amateur montrant un gars dansant seul dans un parc.

Cette semaine, c’est une autre vidéo – tout aussi amusante et efficace – qui m’inspire ce billet. Elle a été réalisée par la Rainforest Alliance – une des principales organisations internationales dans le domaine de la protection des forêts –  dans le but de promouvoir leur label.

Le label de Rainforest Alliance – symbolisé par une grenouille arboricole – est apposé sur un certain nombre de biens de grande consommation pour certifier que leur production et leur consommation ne porte pas préjudice à la forêt et à sa préservation.

A priori, rien de très nouveau. Ce système de labélisation existe depuis de nombreuses années dans les domaines du commerce équitable ou de l’agriculture biologique, par exemple. Il permet aux consommateurs qui le souhaitent d’exercer leur engagement citoyen avec simplicité et en toute confiance (et sans avoir à y laisser leurs orteils…).

Simplicité et confiance. Ce sont là précisément les principaux atouts de la labélisation, résumés avec un humour très efficace dans la vidéo promotionnelle de la Rainforest Alliance.

Quid de la Finance Durable et de l’Investissement Socialement Responsable ?

Le débat de la labélisation n’est pas neuf dans le monde de l’ISR et de la Finance Durable. Quelques initiatives en ce sens ont vu le jour, ici ou là, pour tenter d’amener un peu de lisibilité aux investisseurs intéressés par ces approches. Force est pourtant de constater qu’aucune organisation n’est à ce jour parvenue à créer un label qui soit reconnu par l’ensemble de l’industrie au niveau international.

Il y a des raisons objectives à cela :

– Le secteur de la finance internationale est très fragmenté. Peu d’acteurs ont un poids suffisant pour imposer leurs standards aux autres, et les approches collégiales sont très longues à mettre en place au vu du nombre d’acteurs à réunir pour atteindre une masse critique représentative de l’industrie.

– L’ISR est lui-même un domaine très hétérogène, qui recouvre des approches très diverses. La standardisation du secteur est non seulement difficile, mais pose également la question légitime du maintien de la diversité de l’offre. C’est le « complexe de la pomme »  qui a vu la consommation de pommes en Europe, répartie sur plus de cent espèces en 1900, se concentrer au fil du temps sur les 6 ou 7 variétés aujourd’hui distribuées par les grandes surfaces.

– L’approche ISR unique développée par chaque institution financière fait partie du caractère différenciant de ce produit par rapport aux concurrents. Une labélisation pourrait conduire à rendre « hors marché » les approches les plus originales et les plus innovantes du secteur, incitant par là-même les producteurs à ne pas proposer d’innovation en rupture avec les pratiques dominantes.

Toutes ces raisons sont recevables. Mais les bénéfices d’une labélisation pour l’industrie de l’ISR me semblent largement dépasser les difficultés et les objections fréquemment soulevées. Il suffit pour s’en convaincre de parler régulièrement avec des investisseurs soucieux de placer leur épargne de manière responsable. Malgré toute leur bonne volonté et leur enthousiasme, beaucoup se perdent en route dans le maquis de l’ISR. Le manque de lisibilité et de clarté finit souvent par créer un manque de confiance et achève de décourager un certain nombre d’investisseurs qui ne devraient pas avoir besoin d’un doctorat en Finance Durable pour investir de manière responsable.

Comment aller plus loin?

L’émergence d’un « Max Havelaar »  de l’Investissement Responsable impliquera de surmonter de nombreuses réticences (et quelques obstacles pratiques). Il me semble cependant que – comme souvent – on gagnerait à s’inspirer des initiatives que d’autres industries ont prises avec succès avant nous. Qu’il s’agisse du commerce équitable ou de la protection des forêts, ce sont souvent des fondations ou des ONG – indépendantes et libres de tout conflit d’intérêts – qui ont pris les devants et porté le chantier de labélisation.

A défaut d’un accord de branche entre professionnels du secteur, c’est certainement la voie la plus probable pour l’industrie de la Finance Durable. Il est désormais temps pour celle-ci de « suivre [l’exemple de] la grenouille ».

NB. Merci à Malek Dahmani qui est celui par lequel cette vidéo est arrivée jusqu’à moi…

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // B. Gacon // 23.05.13

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