Ice Bucket Challenge: les bienfaits d’une douche froide?

A moins d’avoir passé les derniers mois sur une île déserte, et encore car nos wireless nous suivent partout, vous n’avez pas été épargné par l’Ice Bucket Challenge. En quatre semaines, le défi qui consiste à se verser un seau d’eau glacée sur la tête s’est transformé en phénomène viral mondial, chez les célébrités comme les anonymes. Lancée par l’association ALS, cette initiative est en réalité une campagne d’appel aux dons pour lutter contre la maladie de Charcot. Opération réussie avec quelques 3,1 millions de donateurs à fin août 2014.

Difficile d’imaginer jusqu’alors le succès planétaire d’une douche froide. De « ça donne froid dans le dos », à « battre froid » ou encore « un froid de canard », on n’aurait pas donné cher à ce coup de « froid » qui n’a pas la cote dans la langue française ! Mais le mot « froid » peux aussi devenir vertu, lorsque « l’on garde son sang-froid » ou que « l’on n’a pas froid aux yeux ». Le Ice Bucket ou la douche froide aurait-elle des bienfaits ? Comme toutes les initiatives de recherche de fonds, surtout quand elles sont surmédiatisées, elles génèrent différentes interrogations et des critiques.

A y voir de plus près, la douche froide, au sens premier du terme, est une habitude qui s’est popularisée et dont les vertus thérapeutiques remontraient à un certain Sebastian Kneipp, abbé du 19ième siècle. En l’expérimentant sur lui, cet abbé, alors malade de la tuberculose et condamné par son médecin traitant, a redécouvert les vertus de l’hydrothérapie.

  1. La douche froide améliore la circulation sanguine : elle donne un coup de fouet à la pression sanguine. Mais aussi aux flux de donateurs! Quand on sait le nombre d’associations qui cherchent quotidiennement à se démarquer pour attirer l’attention du donateur, l’Association ASL peut se féliciter de sa campagne qui a permis de passer de 2,7 millions de dollars à près de 100 millions de dollars sur la même période.
  2. Elle renforce les organes vitaux : la maladie de Charcot est une maladie neurodégénérative dont l’évolution peut varier de quelques mois à plusieurs années. Dégradation inexorable, elle aboutit dans 50% des cas au décès dans les trois ans après le début de la maladie. Le physicien Stephen Hawking est sans doute la personnalité la plus connue souffrant de la maladie de Charcot. Les dons devaient permettre d’investir dans la recherche de manière significative, même si certains regrettent que les associations suisses n’en bénéficient pas directement. Si la recherche peut progresser plus rapidement avec ces nouveaux moyens financiers tous les malades devraient en être bénéficiaires.
  3. Elle stimule l’activité cérébrale : le succès de cette campagne interroge également sur la bonne utilisation des dons récoltés. Des voix s’élèvent pour questionner l’apport massif à une organisation pour une cause qui ne concerne que peu de patients par rapport à d’autres maladies qui concernent un plus grand nombre de malades. Un de ses critiques, Scott Gilmore, souligne qu’aux USA 6’849 personnes sont décédées de cette maladie pour près de 23 millions de dollars donnés pour la recherche, soit 3’382 dollars par personne. En comparaison, d’après lui, les maladies cardiaques auraient tué 596’577 personnes et la recherche a bénéficié de 54 millions de dons, soit 90 dollars par personne. Ces données peuvent paraître choquantes. La question n’est pas de savoir combien vaut une vie sauvée, mais comment les montants donnés forcément limités peuvent être utilisés au mieux. Une association qui multiplie autant sa levée de fonds est-elle en mesure de redistribuer de manière efficace les montants ? Ce sont des questions pertinentes pour un donateur interpellé comme pour la direction d’une association qui doit gérer une exposition à l’opinion publique très forte.
  4. Elle renforce les défenses immunitaires : les résultats de cette campagne sont indiscutable par leur réussite. Cependant, les débats que soulèvent cette campagne, en particulier sur la question du pourcentage de l’argent levé qui va effectivement en faveur des projets tendent à immuniser les donateurs contre le soutien aux ONG. Lorsque l’on obtient un résultat hors du commun grâce à une hyper visibilité, il faudra être irréprochable dans la manière d’engager ses fonds pour des projets ou pour les coûts liés à son administration. Certaines voix critiques s’élèvent aux USA d’où est partie la campagne et la réponse par l’association ASL a été immédiate. Mais la responsabilité et dans une certaine mesure l’exemplarité de l’association est engagée dans les mois à venir.

Le succès du Ice Bucket Challenge peut sans doute s’expliquer par cette manière incroyable de capter le zeitgeist (une mise en scène de chacun, sens de l’humour par un geste fun ou compassion effective avec les patients).Le Challenge permet de s’impliquer, à sa manière, pour une cause –la recherche contre la maladie- qui est aussi noble qu’une autre, elle illustre bien la tendance d’une philanthropie plus engagée quelque soit le montant que l’on donne ou la cause que l’on soutient. Elle offre l’opportunité de contribuer à quelque chose qui nous dépasse et c’est en cela que réside son succès.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 08.09.14

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