Impact Investing: «dessine-moi un mouton (à cinq pattes)»

A chaque rentrée des classes, c’est la même chose : il y a toujours un formulaire à remplir dans lequel les enfants doivent indiquer la profession de leurs parents. Jusque-là, rien de très méchant. Seulement voilà, il arrive parfois qu’un professeur ait l’idée d’aller plus loin, et fasse de la profession des parents l’occasion d’un petit exposé que l’élève doit présenter devant toute la classe : « Explique-nous ce que fait ton papa/ta maman ».

Pour mes enfants, c’est là que les choses se compliquent…

– Papa, c’est quoi ton travail déjà ?

– Tu sais bien ma chérie, je suis responsable de l’Impact Investing.

– … Hum, d’accord. Euh, ça t’embête si je dis que t’es dentiste ?

Parce qu’il s’agit d’un domaine encore très récent, travailler dans le secteur de l’Impact Investing nécessite inévitablement quelques explications de texte. Par expérience, je sais qu’elles sont plus compliquées qu’il n’y paraît, notamment parce que l’Impact Investing va à l’encontre de nos schémas de pensée classiques qui veulent que le monde de l’économie et celui de la philanthropie soient clairement séparés, voire opposés. Pour les grands comme pour les petits, je sais qu’un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. Comme l’aviateur dans le Petit Prince, j’entreprends donc de dessiner un mouton (d’un genre particulier):

– Voila ma chérie, l’impact investing c’est ça :

– ? … T’élèves des moutons au bureau ?

– Mais non, je veux dire que l’impact investing c’est comme un mouton à cinq pattes. En général, les gens qui veulent utiliser leur argent pensent qu’il n’y a que deux solutions possibles : soit ils investissent dans des produits financiers (les moutons bruns) pour gagner de l’argent, soit ils font des dons à des ONG (les moutons blancs) pour essayer de résoudre les nombreux problèmes de la planète. Mon métier à moi consiste à leur montrer qu’il n’y a pas que des moutons bruns ou des moutons blancs, il existe aussi des moutons qui permettent à la fois de gagner de l’argent, et de résoudre des problèmes sociaux ou environnementaux. Des moutons à 5 pattes, en quelque sorte… Ces moutons s’appellent des entreprises sociales. Allez tiens, regarde le deuxième dessin dans la vignette en haut de la page…

C’est plus clair ? L’entreprise sociale (le mouton à cinq pattes) est une sorte d’hybride qui a tous les attributs d’une entreprise (elle a des clients, vend des produits et services, gagne de l’argent, investit, grandit, etc.), sauf qu’elle a été créée avant tout pour résoudre un problème social.

Allez, pour que ce soit vraiment clair, je te donne un exemple : l’entreprise sociale Wello Water. La petite vidéo ci-dessous t’explique ce que fait cette entreprise.

Au départ, Wello Water a été créée par une dame qui a réalisé que des millions de personnes sur la planète devaient marcher plusieurs kilomètres par jour pour accéder à une source d’eau potable. Elle a donc eu l’idée de fabriquer une bonbonne roulante qui permette à ces gens (surtout des femmes et des enfants) de ramener plus facilement l’eau jusqu’à chez eux, de la conserver plus longtemps et de libérer du temps de transport pour faire autre chose de plus utile (aller à l’école par exemple). Elle a d’abord essayé de donner ces bidons roulants, mais elle n’a pas réussi à récolter beaucoup d’argent pour les faire fabriquer et les distribuer gratuitement. Alors elle a décidé qu’elle allait créer une entreprise pour les fabriquer et les vendre directement. Elle s’est vite rendu compte que ça marchait beaucoup mieux comme ça :

  1. Elle est sûre que les gens qui lui achètent ces bonbonnes en ont vraiment besoin et vont vraiment les utiliser.
  2. Parce qu’elle gagne de l’argent en vendant ces bonbonnes, elle peut développer son entreprise, réduire ses coûts de production (et donc vendre ses bonbonnes moins cher) et faire grandir son entreprise en ouvrant de nouvelles usines et de nouveaux magasins. Et pourquoi pas, commencer à s’installer dans d’autres pays. Au final, elle va pouvoir toucher beaucoup plus de gens avec ce modèle qu’avec une approche philanthropique, et continuer d’améliorer son produit au fil des ans.
  3. Cerise sur le gâteau, elle s’est aussi rendu compte que des clientes qui lui avaient acheté une bonbonne revenaient au village et vendaient l’eau au détail à leurs voisines. Bref, c’est devenu pour certains clients un moyen de générer des revenus, et donc de rembourser très vite les coûts d’achat de la bonbonne.

Au final, c’est un schéma gagnant pour tout le monde. Il existe des milliers de sociétés dans le monde comme Wello Water qui sont rentables et permettent d’apporter des solutions concrètes et pérennes à un certain nombre de problèmes sociaux ou environnementaux. On les trouve dans les domaines du logement social, de l’accès à la santé, de la microfinance, de l’éducation, de l’énergie, etc.

Mon travail consiste à trouver ces entreprises et permettre à des personnes ayant du capital de l’investir en direct ou au travers de fonds. C’est ce qu’on appelle l’impact Investing (l’investissement d’impact).

Tu veux amener un mouton en classe pour ton exposé ?

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // B. Gacon // 06.09.13

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