Je veux être ce gars un peu fou qui danse tout seul dans un parc

Peut-être avez-vous déjà regardé sur internet une courte vidéo (en anglais) intitulée « Leadership lessons from dancing guy ». Si ce n’est pas le cas, prenez trois minutes de votre temps pour y jeter un coup d’œil, elle est à la fois très drôle et très instructive. Cette vidéo s’appuie sur des images amateur tournées dans un parc public, dans laquelle on voit un jeune homme danser tout seul dans l’indifférence générale, avant d’être rejoint d’abord par une autre personne (the « first follower »), puis par quatre ou cinq, et enfin – dans un même élan – par la quasi-totalité des gens qui jusque-là étaient tranquillement étendus sur la pelouse.

Une voix off (celle de Derek Sivers) détaille les mécanismes sociologiques qui sont à l’œuvre à chaque étape du processus, et explique comment un seul homme est parvenu à susciter l’adhésion de toute une foule a priori totalement indifférente à son égard.

Voilà qui devrait intéresser les spécialistes de l’Impact Investing et de la Finance Durable ! Après tout, leur situation n’est pas très différente de celle du « dancing guy », et cette vidéo leur offre matière à s’inspirer (et à persévérer). Parmi les points que je retiens :

1)      Avant d’être rejoint par d’autres, le danseur devait certainement se trouver bien seul à s’agiter sur la pelouse. Ce qu’on ne voit pas dans la vidéo, c’est qu’il y a eu plusieurs tentatives (vaines) avant que ses efforts ne portent leurs fruits. Le message ici est donc : persévérez !

2)      Ce n’est pas par manque d’envie que les personnes qui restent assises ne vont pas immédiatement danser. Elles n’ont pas d’opposition de principe au fait de danser. En fait, elles seraient même sans doute ravies d’aller danser. Elles ne veulent simplement pas être les seules à prendre le risque d’aller danser quand les autres restent assis…  Il en va exactement de même pour la Finance Durable.

3)      Comme le dit très justement la voix-off sur cette vidéo, un leader seul ne suffit pas à initier un mouvement collectif. Le « first follower » est une personne clef (mais souvent négligée) dans ce processus. Professionnels de la Finance et de l’Impact Investing, concentrez donc vos efforts sur les quelques personnes qui sont prêtes à changer, à essayer autre chose, à s’exposer à vos côtés. Le reste suivra…

4)      Si je m’en réfère à ma propre expérience, les « first followers » (souvent des fondations ou des investisseurs privés) ont rejoint le mouvement de l’Impact Investing et de la Finance Durable depuis quelques temps déjà. Ils ont été les premiers à ouvrir leurs réflexions (et leurs portefeuilles !), souscrire des produits, investir dans ces nouveaux domaines. La seconde vague de « followers » (les 2 puis 3 personnes qui arrivent ensemble dans la vidéo et créent un momentum) est en train de leur emboîter le pas. Ces investisseurs (parmi lesquels des fonds d’investissement publics) sont en train d’accélérer le marché, de lui donner un élan. Ils amènent le volume d’investissement nécessaire à faire bouger les lignes, celui à partir duquel les personnes assises sur la pelouse se disent « tiens, il y a à présent suffisamment de monde pour que j’y aille moi aussi ».

5)      Ce qui m’amène à penser que nous ne sommes plus très loin du « tipping point », ce moment où soudainement, sans que l’on puisse vraiment l’expliquer, une large vague d’investisseurs va embrasser ce mouvement. Ce moment magique à partir duquel ce sont ceux qui resteront assis sur la pelouse qui vont commencer à se sentir seuls …

1 an ? 5 ans ? 10 ans ?

Je n’en sais rien… mais en attendant, je veux bien continuer à  être ce gars un peu fou qui danse de moins en moins seul.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // B. Gacon // 25.04.13

Comments are closed.

print