Le bon, l’ivraie et le durable

Lipper a récemment annoncé que le taux de croissance de la masse sous gestion des fonds labellisés investissement socialement responsable (ISR) eu Europe a dépassé, et de loin, celui des fonds conventionnels en novembre 2012. Quelle bonne nouvelle ! En tant que promoteurs de l’investissement responsable, on s’en félicite ! L’investisseur européen aurait évolué, il serait devenu clairvoyant et sélectionnerait préférablement des produits d’investissement prenant en compte les enjeux du développement durable.

Et bien, cet enthousiasme commence à se modérer quand on réalise que 85% de cette croissance provient de la transformation en ISR d’un seul fonds monétaire conventionnel qui représente EUR 1.7 milliards. Il s’évapore un peu plus quand on sait que la société de gestion dont il provient vient de renoncer à solliciter la seule certification aujourd’hui un tant soit peu crédible en la matière, le label ISR décerné annuellement par l’association Novethic, principal observateur de l’ISR en France. Raison invoquée, « le nouveau système de Novethic s’est éloigné de [leur] vision de l’ISR ».

On entend déjà les puristes parler de saupoudrage ISR, d’une version de l’investissement responsable « light ». Ces EUR 1.7 milliards, nouvellement dédiés à la finance durable, seraient le fruit d’exigences environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) tellement faibles qu’elles n’effraieraient pas l’investisseur traditionnel.

Plus royaliste que le roi

Pendant longtemps on a parlé d’un univers hétéroclite pour expliquer la coexistence de différentes approches d’investissement dans l’univers de la finance durable. Il n’existe actuellement aucune certification de fonds durables en Suisse. Est-ce que tenter de séparer le bon grain de l’ivraie en imposant des niveaux de contraintes minimaux en matière de prise en compte de ces fameux enjeux ESG représente un pas dans la bonne direction ? Maintenir un esprit critique est nécessaire, mais évitons l’auto-flagellation qui ralentirait inutilement le développement d’une finance responsable !

Et si on parlait de vision de l’ISR ?

Laissons donc l’investisseur faire ses choix et définir ses exigences ! La sélection des meilleures solutions ISR doit être conforme à ses besoins et lui garantir une gestion cohérente de ses avoirs. A charge de chaque émetteur d’expliquer sa vision de l’ISR et à charge de chaque investisseur de comprendre ce qu’elle englobe et comment elle se décline. Finalement, c’est à ça que ressemble une décision d’investissement.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

BIlan & SFG // N. Guerdat // 05.02.13

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