Le marché des obligations vertes devient «géant».

Depuis quelques temps, pas un mois ne passe sans une nouvelle émission d’obligations dites « vertes » ou « climatiques ». Sur le modèle de celles qui finançaient le développement du rail au 19ème siècle ou les autoroutes dans les années soixante, ces obligations sont un emprunt monétaire émises par des gouvernements, des régions, des organisations internationales ou des entreprises dont le but d’utilisation est déterminé. Apparues la première fois en 2007, elles sont destinées à financer des solutions liées à la problématique du changement climatique.

Les projets éligibles concernent d’une part la réduction des gaz à effet de serre. En soutenant, par exemple, le développement du solaire thermique en substitution du charbon en Afrique du Sud. D’autres parts, des projets d’adaptation, en protégeant certaines zones des effets du changement climatique comme le réchauffement des eaux sur la grande barrière de corail ou les inondations dans le delta du Nil.

Les rendements sont en ligne avec le marché conventionnel, la dernière émission de la Banque mondiale, en mars 2014, offre un rendement de 2.25% avec une maturité à 2020. Idem chez EDF dont l’emprunt d’EUR 1,4 milliards (sur un endettement total de plus de 35 mrds) a été souscrit deux fois avec un rendement de 2,25% et une échéance de 7,5 ans. Ces fonds seront essentiellement dédiés au financement de projets d’énergies renouvelables au travers de sa filiale EDF Energies Nouvelles. Récemment estimé à USD 40 milliards pour 2014, une croissance significative des 11 milliards en 2013 et des 3 milliards en 2012.

C’est une manière de réunir impact environnemental positif et rendement. Le risque de défaut est en effet faible, aujourd’hui 85% des emprunts existants sont émis par des organes supranationaux du type de la Banque mondiale ou de la Banque européenne d’investissement, au bénéfice d’un rating crédit AAA. La contrainte la plus importante, pour certains investisseurs, réside dans la faible, voir inexistante, liquidité de ces produits. Une fois souscrite les obligations sont majoritairement conservées jusqu’à échéance. La demande étant aujourd’hui clairement plus importante que l’offre, il n’existe que très peu de transactions secondaires.

Une goutte d’eau

Certaines voix minimisent la contribution des emprunts supranationaux au développement d’une économie «  low carbon », leurs flux ayant de toute manière vocation à soutenir ce type de projets. La multiplication d’emprunts d’entreprises, à l’instar de celui d’Unilever du mois de mars, aura clairement un effet positif, pour autant qu’on évite le « greenwashing ». En anticipation de ce phénomène, un groupe de banques d’affaires a émis, en janvier dernier, les « principes de l’obligation verte ». Ces lignes directrices volontaires ne déterminent pas le niveau d’impact environnemental minimum, mais tentent plutôt d’harmoniser la communication et le reporting de l’utilisation de cet argent.

Cette innovation pourra canaliser des capitaux vers des projets intéressants. Avec des échéances plus longues et une liquidité plus importante, ce type de placement représente une réelle alternative à l’exposition obligataire d’un portefeuille durable.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // N. Guerdat // 10.04.14

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