Le Moyen-Age a eu la Renaissance, offrons au capitalisme sa régénérescence !!!

 A la soirée pour la parution du livre « Le monde change, la finance innove », dirigé par Sustainable Finance Geneva, tout le monde s’accordait pour dire que la finance était un outil formidable de transition, voire même de transformation. La finance comme moyen et non comme fin en soi, mais sans négliger le besoin de performance selon F.Frick de Unigestion.

L’économie, l’investissement et la finance sont intimement liés, d’autant plus quand nous parlons de l’initiative privée, de l’entrepreneuriat et de la création de valeur. Lorsque le monde change, ce sont bien les entrepreneurs qui peuvent apporter des solutions fondées sur de l’innovation technologique aussi bien que sociale. Ces entrepreneurs ont besoin de capitaux mais la finance et les investisseurs sont de moins en moins perçus dans l’opinion publique comme des soutiens aux besoins de l’économie réelle. La crise de 2008 a laissé des traces profondes.

Justement à propos de crises et de changement, je lisais récemment les différentes compréhensions qui existaient sur la Renaissance, terme d’ailleurs apparu bien plus tard que l’époque qu’il désigne. «La Renaissance est à la fois une période de lhistoire et un mouvement artistique. Elle voit le jour en Italie, aux XIVe et XVe siècles, puis dans toute lEurope. Cette époque marque la fin du Moyen Âge et le début des Temps modernes1». C’est donc en premier un mouvement artistique qui nous vient à l’esprit, lorsque les artistes italiens reprennent lhéritage de lAntiquité, mais cest également une série de changements politiques, économiques, sociaux et intellectuels. «A cette époque apparaît le mouvement humaniste : une philosophie qui place lêtre humain et les valeurs humaines au centre de la pensée. Un monde s’éteint, un monde nait2». C’est une période de crises politiques (après la chute de l’Empire Byzantin), scientifiques (imprimerie, révolution copernicienne), économiques (développement des banquiers, des compagnies regroupant plusieurs associés ; les richesses du nouveau monde) et religieuses (la Réforme fête ses 500 ans cette année). Selon René Remond, la Renaissance, c’est lapparition de nouveaux modes de diffusion de linformation, le renouveau des échanges commerciaux, des changements de représentation du monde.

Ne vit-on pas actuellement ces grands bouleversements ? Certes 40 ans de crises économiques et de chômage, mais en même temps l’apparition de nouveaux modes de communication et de commerce. Des crises religieuses, mais en même temps une envie de réorganiser horizontalement l’homme dans son entreprise. Des crises politiques, mais en même temps un besoin urgent d’écologie. Notre système économique épuise nos ressources naturelles et provoque des pressions sociales et migratoires insurmontables. A la manière des artistes de la Renaissance avec l’Antiquité comme modèle, nous devrions nous inspirer de la nature pour (re)-construire un capitalisme vertueux. La nature fonctionne en circularité, en écosystème pérenne, et sait ralentir pour se régénérer.

Le capitalisme a triomphé après 1989, mais il est capable du meilleur comme du pire. Construisons le monde qu’on souhaite plutôt que de subir celui des traités commerciaux internationaux et de la performance à court terme. Il est temps de financer un nouveau paradigme qui se met en place, celui d’une économie durable ; encore mieux d’une économie régénératrice. «Remettre au centre de leur projet la notion de sens et le souci dune relation équilibrée avec toutes les parties prenantes, feront des entreprises les acteurs du changement de ce nouveau millénaire tout en garantissant leur développement pérenne ; Cest une économie permaculturelle qui réconcilie les mots économie, écologie et sens. Ses principes de base sont respect de lhomme, de ses environnements, et création de valeur partagée par tout son écosystème3»

C’est aussi l’Impact Investing qui se porte sur des entreprises qui engendrent un impact positif du fait de leur activité, sans mettre de côté la pertinence économique. Corriger les abus, éviter de polluer, le recyclage et le commerce équitable, ne sont plus suffisants. Il faut dès le départ avoir une vision qui change notre façon de produire et de consommer. Comme je suis au Congrès International de Slow Food, je vais reprendre la formule « Bon, Juste, et Propre » pour définir ce paradigme et cette Régénérescence. Pouvoir remettre dans le sol comme dans l’économie plus que ce qu’on en retire. Régénérer pour ne plus épuiser nos ressources naturelles et notre modèle social. Avoir une finance qui sait rendre au lieu de se contenter de prendre. «Elaborer un modèle de bienêtre qui serait en harmonie avec la planète et les espèces qui y vivent. Carlo Petrini»

1 : http://www.grandpalais.fr/fr/article/quest-ce-que-la-renaissance

2 : http://www.histoire-france.net/temps/renaissance

3 : Guibert del Marmol ; Sans plus attendre, edition Ker, 2014https://uclouvain.be/fr/facultes/lsm/actualites/lancement-d-une-chaire-en-economie-regeneratrice.html

A. Jung // 02.10.17

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