Le plus petit détonateur commun.

Le 6 septembre 2011, la Banque nationale suisse (BNS) introduisait un taux plancher de CHF 1,20 francs pour un euro pour limiter la cherté du franc et soutenir l’industrie d’exportation. Elle achète des tonnes de devises qu’elle diversifie ensuite au travers de placements, notamment en investissant dans des entreprises cotées. On estime qu’elle a aujourd’hui placé 16% de ses devises en action, soit prêt de 80 milliards de francs.

Tout sauf du suisse et des banques

De ses propres dires, la BNS ne se considère pas comme un investisseur stratégique et gère ses actions de manière passive, c’est-à-dire par une réplication mécanique des grands indices boursiers. Avec pourtant quelques exceptions. Afin d’éviter tout conflit d’intérêt lié à son statut de banque centrale, la BNS exclut de ses investissements certaines grandes et moyennes banques ainsi que les actions suisses et les emprunts d’entreprises suisses.

Concernant les fabricants d’armes, la Banque nationale dit appliquer les conventions internationales. La Suisse a ratifié le traité international visant l’interdiction de l’utilisation, la production, le transfert et le financement des armes à sous-munitions. Quelle surprise d’apprendre mi-janvier que dans le portefeuille de la BNS se trouvait des entreprises comme Lockheed Martin, Alliant Techsystems ou Babcock & Wilcox. Ces sociétés américaines fabriquent armes, bombes nucléaires ou à sous-munitions.

Sa ligne de défense ? « Notre politique d’investissement en actions est basée sur la réplication d’indices ». Enfin on a vu, à quelques exceptions près…

Pas suffisant. La BNS a donc annoncé qu’elle allait exclure les investissements dans des sociétés dites controversées, notamment celles qui fabriquent des armes prohibées ou qui causent de manière systématique des dommages graves à l’environnement. On imagine nos producteurs de bombes à sous-munitions concernés, il reste à déterminer ce que « systématique » et « dommages graves » représentent ! Et, en Suisse, pas un mot sur les droits de l’Homme ?!

Il est évident que les investisseurs institutionnels étatiques vont être confrontés à de plus en plus d’interrogations concernant leurs choix d’investissement. Entre soutien à leur économie et considérations morales ou éthiques de leurs citoyens, on anticipe un sacré numéro de jonglage. Ou alors, à l’instar du fonds souverain norvégien, établissons des lignes directrices un poil plus précises, qui à défaut d’expliciter ce que représente une entreprise responsable, définissent ce qu’on n’accepte pas/plus comme comportement.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // N. Guerdat // 27.02.14

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