Les initiatives

On l’a dit, de l’extérieur, la Chine semble complètement imperméable à toute forme de finance alternative et de volonté de favoriser les initiatives liées à la durabilité. L’impression générale est que la Chine veut garder le niveau de sa croissance et continuer à créer de la richesse le plus rapidement possible, tout cela sans grand intérêt pour les externalités négatives de ce développement à grande vitesse.

Pourtant à y regarder de plus près, une nouvelle génération d’entrepreneurs chinois voit peu à peu le jour, notamment dans les grandes villes comme Beijing ou Shanghai.

Intéressés par la croissance de leur pays, mais pas à n’importe quel prix et surtout avec une vision plus durable, ces entrepreneurs cherchent à innover et à transformer tout en créant de la valeur sociale et environnementale.

Aussi bonnes ou transformatives soient les initiatives de ces entrepreneurs sociaux, le manque d’accès au capital sur le marché chinois pour ce type de compagnies rend leur développement quasi impossible pour le moment. L’investissement venture ou les seed donations sont complètement dominés par le gouvernement, qui, par un système de lois très complexes, a contraint la distribution de capital géographiquement et en quantité …

Plus de 60% des dons faits par les fondations sont de toute façon dirigés vers des organisations soutenues par l’Etat, ce qui limitent les montants disponibles pour d’autres activités.  

Malgré tout, grâce à des organisations comme Leping Social Entrepreneurship Fondation à Beijing, Venture Avenue à Shanghai ou encore Design Venture Fund à Singapour, de l’investissement venture ou venture philanthropique soutiennent des projets d’impact.

Certains de ces projets sont très intéressants et ont la capacité de créer un impact massif grâce à leur capacité à être dupliqués ou étendus. Cet aspect est fondamental : si l’entrepreneur entend avoir un minimum d’impact, il faut pouvoir toucher une partie significative de la Chine et son milliard d’habitants.

People’s Architecture Office, un petit cabinet d’architecture spécialisé dans le design durable, est entrain de mettre en place son premier pilote de rénovation eco-friendly des vieux Hutongs de Beijing. Avec des matériaux durables et une installation standardisée et facile, leur système permettrait de préserver et réhabiliter durablement un quartier historique d’importance sans le défigurer.

Shanzai City, start-up montée par une équipe sino-américaine, cherche à améliorer la collection de données d’impact en utilisant le Cloud. A destination du gouvernement, des ONGs, des organisations internationales mais aussi des entreprises qui cherchent à évaluer l’impact de leurs opérations, Shanzai City a la capacité de changer la donne et se positionne aujourd’hui comme pionnier de ce secteur.

Les idées innovantes fleurissent à chauqe coin du pays, dans l’esprit d’entrepreneurs courageux qui comprennent l’importance d’apporter des solutions durables à inefficacités du marché chinois. Agriculture, alimentation, santé, consommation, éducation, immigration des travailleurs… De nombreux sujets sont à traiter en Chine pour favoriser une croissance durable et juste, et tout est à faire.

Peu à peu, l’industrie de la finance alternative se construit et grâce à des acteurs comme Asia Investment Impact Exchange (plateforme de mise en relation des investisseurs avec des start-ups asiatiques et leur branche Conseil, Shujog), Impact Connect Asia ou encore l’arrivée de B Corp dans la région, l’infrastructure nécessaire à la création d’un marché solide de l’investissement responsable émerge.

Pour développer les talents, Tsinghua University et Peking University proposent de plus en plus de cours en relation avec l’investissement éthique ainsi que des incubateurs de start-ups pour soutenir les meilleurs projets dans leur développement, tandis qu’un lobbying académique et scientifique se crée auprès du gouvernement pour générer des politiques favorables à la durabilité (lire les articles de Ma Jun), voire à l’impact investing.

Comme à son habitude, la Chine va rapidement adopter cette nouvelle façon de financer des projets sociaux et environnementaux et dans peu de temps, elle sera prête à recevoir les capitaux nécessaires pour construire le plus grand marché d’impact investing au monde.

Aussi, c’est à nous aujourd’hui, d’échanger sur notre expérience, voire de distribuer notre expertise pour favoriser cette adoption.

Sophie Durey, qui mène l’évaluation d’impact chez Quadia, a passé deux mois à rencontrer les acteurs de la durabilité chinoise pour comprendre comment le pays le plus peuplé au monde réagit face aux problèmes urgents liés à la pollution de l’air comme du sol et de la sécurité alimentaire. Selon Sophie, l’évaluation des enjeux sociaux et environnementaux occupe une place primordiale dans l’analyse des opportunités d’investissement. Le contexte global est indissociable du contexte local. Il lui paraissait donc indispensable de se rendre compte sur place de l’influence qu’un pays comme la Chine peut avoir sur ces grands enjeux.

SFG & Blog // S. Durey // 15.12.16

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