Les raisons de mon optimisme pour la Chine

Dans mon dernier article je dressais un portrait plutôt noir de la croissance chinoise et de ses conséquences. Mais une recherche de fonds depuis le terrain m’a permis de découvrir un certain nombre d’éléments intéressants pour le futur.

一线希望 (lueur d’espoir): le gouvernement prend les choses en main

Cà et là, apparaissent des initiatives responsables qui proposent des alternatives aux produits et services délivrés aujourd’hui.
Par exemple, Esquel, grand groupe familial spécialisé dans le textile, a décidé depuis plusieurs décennies de mettre la priorité sur la durabilité et le bien-être de ses employés (plus de détails dans un prochain blog). Chose rare en Chine où meurent chaque année plusieurs centaines d’ouvriers à cause des conditions de travail souvent mauvaises et des infrastructures de très basses qualités dans le secret le plus total.

En parallèle, le gouvernement semble prendre conscience de l’importance économique et politique des enjeux environnementaux et sociaux. En effet, ces derniers ralentissent la croissance toute puissante du pays. Depuis 2010, les programmes gouvernementaux se succèdent et jouissent d’une belle publicité à l’étranger.

L’intégration d’objectifs environnementaux dans les stratégies économiques nationales s’imposent de fait aux entreprises chinoises. La consommation massive et destructrice de charbon par les industries dans les bassins urbains se voit progressivement remplacé par de l’énergie venant de source renouvelable. Le gouvernement chinois a investi dans l’énergie éolienne ces dernières années au point d’en devenir le premier producteur mondial en 2013. L’objectif étant d’atteindre en 2020 une part de 15% d’énergie renouvelable dans le mix énergétique national.

Il reste encore des efforts à faire

Certes la pollution due à l’utilisation d’énergie carbone est la plus spectaculaire – les niveaux de pollution de l’air sont 20 fois plus élevés dans les 5 plus grandes villes chinoises que les niveaux standards décidés par l’OMS. Mais il ne faut pas oublier la pollution des sols et de l’eau, ainsi que les soucis de santé publique que cette pollution entraine. Depuis plusieurs années déjà, la pollution est la première cause de mortalité en Chine et elle entraine une perte de productivité remarquable bien que peu observable à court terme due à l’écrasante démographie chinoise.

Au même moment, l’urbanisation sans limite fait diminuer rapidement les surfaces agricoles cultivables (environ 2500m2 par an) alors que la Chine, qui abrite la plus grande population mondiale, ne possède que 10% de terres arables sur son territoire. S’ajoutent à cela une demande en eau qui excède l’approvisionnement, des déchets industriels qui s’amoncellent et contribuent largement à la destruction des sols et à la pollution des sources d’eau sous terraines… Sans parler des problèmes d’inégalités ou de pauvreté. On ne sait pas à quoi s’attaquer en premier.

Pour ne pas arranger les choses, le contrôle de l’information par le gouvernement provoque une distanciation entre cause et effet à l’intérieur du pays, tout en nuançant l’étendue des dégâts pour l’œil étranger.
Là où, en Europe, la transition écologique est largement soutenue par un mouvement citoyen, la conscience environnementale et sociale des chinois est encore trop peu développée pour avoir un effet transformatif et changer la donne.

Un regard optimiste sur l’avenir chinois

Malgré tout, la Chine a les capacités de se positionner en pionnière de l’essentielle transformation écologique dont la planète a besoin. Avec ses 7m de millionnaires et 200 millions Millennials, le potentiel pour le développement d’un marché mainstream d’impact investing est immense.

« From an Asian perspective, climate change is not a distant threat – it is happening today. I want to make sure that the way my capital is invested is part of the solution and not the problem » Annie Chan, RS Group

Deux difficultés majeures à surmonter pour développer un marché de la finance responsable restent l’accès à l’information et la mise à disposition des moyens (notamment légaux) pour accélérer le changement. Peu à peu cependant, les nouvelles générations chinoises prennent conscience des enjeux environnementaux et sociaux qui touchent leur quotidien mais aussi celui du reste du monde. Des projets innovants sortent çà et là (voir prochain blog), des chaires académiques sont créées, des formes de lobbying sont mises en place (notamment grâce à l’universitaire Ma Jun, qui dénonce l’empreinte environnementale négative de la Chine sans relâche), la mobilisation autour de l’écologie se développe. Beaucoup de chinois s’imprègnent de ce qu’ils peuvent observer à l’étranger pour le ramener et l’adapter à leur pays.

Pour le changement on peut compter sur l’intelligence pleine de ressources et la force de travail soutenue par le nombre, qualités propres à la culture chinoise, qui pourraient, dans les années à venir, faire une fois encore toute la différence pour le Géant de l’Est.

Sophie Durey, qui mène l’évaluation d’impact chez Quadia, a passé deux mois à rencontrer les acteurs de la durabilité chinoise pour comprendre comment le pays le plus peuplé au monde réagit face aux problèmes urgents liés à la pollution de l’air comme du sol et de la sécurité alimentaire. Selon Sophie, l’évaluation des enjeux sociaux et environnementaux occupe une place primordiale dans l’analyse des opportunités d’investissement. Le contexte global est indissociable du contexte local. Il lui paraissait donc indispensable de se rendre compte sur place de l’influence qu’un pays comme la Chine peut avoir sur ces grands enjeux.

 

 

SFG & Blog // S. Durey // 15.12.16

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