Meilleures salutations du Moyen Orient

« Ici au Moyen Orient, nous avons cette coutume de dire que la main droite ne doit pas dire à la main gauche ce qu’elle fait. » Une coutume très ancrée qui s’applique au zakat, l’acte de donner; les donations ne peuvent pas être vantées et leur auteur ne doit en chercher aucun bénéfice personnel.

Après trois jours conviés dans la région à l’occasion d’une réunion privée entre philanthropes de la région, pendant la période propice du Ramadan, le moment est opportun à la réflexion sur la philanthropie des marchés émergents avec cette question centrale : Va-t-il connaître un essor sans précédent dans les 10 ans à venir ?

Ne nous trompons pas. Ici comme ailleurs, l’acte de donner n’est ni nouveau, ni occidental. Les échanges durant ces trois jours ont apporté un éclairage utile sur trois éléments très structutants de la philanthropie.

1. La philanthropie a besoin de création de richesse. Le Moyen Orient, comme l’Asie et l’Amérique Latine, vont voir leur niveau de richesse se renforcer de manière significative dans les années à venir, selon le Wealth Report 2013 de Knight Frank, et dont Bilan s’est fait écho dans son édition de juillet. Dans ces trois régions, le nombre de personnes ayant plus de 30 millions d’USD va croître de 58% d’ici 10 ans. Mais soyons lucides, plus de richesse ne signifie pas forcément plus de philanthropie.

2. La philanthropie a besoin de reconnaissance. Comme la tradition musulmanne le rappelle, la reconnaissance des pairs se fait beaucoup encore dans la grande discrétion. Cependant l’émulation entre les particuliers jouera sûrement un rôle important à l’avenir, notamment pour les grands donateurs. Le succès des réunions privées qui stimulent l’action conjointe, laisse à penser que cette émulation est grandissante. On peut aussi citer le Sheikh Mohamed bin Zayed, Prince Héritier d’Abu Dhabi, qui a choisi d’annoncer une contribution de 50 millions d’USD lors du sommet mondial de la vaccination, fin avril à Abu Dhabi.

3. La philanthropie a besoin de connaissance. La méfiance ou la défiance entre donateurs et ONGs est un frein aux donations alors même que, paradoxalement, les compétences et les connaissances sont disponibles. Trop souvent les donations sont guidées par l’instinct ou les obligations : cela se traduit par un manque d’ambitions et/ou de lucidité sur les résultats tangibles à attendre. Il est trop tôt pour dire si cette tendance va s’inverser. Cependant, le succès de nouveaux réseaux comme l’AVPN à Singapour au mois de juin ou encore le lancement du nouveau magazine Philanthropy Age au Moyen Orient (soutenu notamment par Abraaj Capital à Dubaï), laisse présager que les initiatives ne manquent pas pour partager ces savoirs et stimuler les échanges propices à la création de valeur.

Dans un monde où les inégalités augmentent partout, certaines voix, comme celle de Matthew Bishop rédacteur à The Economist, suggère que l’engagement philanthropique des grandes fortunes, toutes frontières confondues, pourraient être dans leur propre intérêt face à cette fracture grandissante exprimée par la vox populi. D’autres se demandent si les gouvernements vont faciliter les donations de leurs citoyens, à travers une fiscalité ou un cadre légal plus propice. Les Etats-Unis – souvent cités en exemple et dont l’ampleur nous impressionne – restent néanmoins une exception culturelle car il est attendu des particuliers qu’ils complètent le rôle – intentionnellement réduit ici – de l’Etat. Or, cette vision du rôle de l’Etat n’est pas celle de nombreux pays émergents où celui-ci joue un rôle primordial dans le développement du pays.

« A qui beaucoup est donné, beaucoup est attendu » dit souvent Bill Gates en citant sa mère. Face à la croissance démographique des économies émergentes, et donc des besoins des individus non couverts mais à la charge des Etats, l’interrogation demeure sur la manière dont les grandes fortunes de ces régions vont répondre à ce qui pourraît être perçue comme une attente grandissante.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 08.08.13

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