Mes conclusions

Après plusieurs semaines passées à lire et rechercher des informations sur la situation chinoise, à rencontrer les acteurs locaux de la durabilité, mon opinion sur la Chine a beaucoup évolué.

D’abord, je suis convaincue que l’Asie de l’Est, en particulier la Chine, est le prochain grand marché de l’impact investing. Le potentiel en termes d’opportunités et de projets est non seulement énorme mais les besoins et la demande sont incommensurables. Pour apporter les financements nécessaires à un changement durable, l’investissement privé et d’impact est l’unique solution pour cette région dans les prochaines années.

Sur les USD 60bn investis globalement en impact investing en 2015, 10% seulement ont été alloués à l’Asie, avec une concentration particulière sur la zone Sud-Est de la région.

Pourtant la région, qui représente la moitié de la population mondiale, avec plus de 750m de personnes vivant encore avec moins d’un euro par jour, ne reçoit que 19% du total mondial de l’aide au développement.

Le manque de financement est immense.

Le cas de la Chine est quasiment académique : le gouvernement va dépenser USD 275 milliards dans les prochaines 5 années dans des initiatives vertes contre la pollution. Imaginons que cet argent soit dépensé dans le développement de l’impact investing et la donne changerait drastiquement dans la région.

La Chine est désormais consciente que sa croissance est entrain de faire plus de dommages à la planète que n’importe quel autre pays dans le monde. La Banque Mondiale a estimé que le coût de la dégradation environnementale et des ressources naturelles est équivalent à 9% du PIB chinois, ce qui réduit le taux de croissance à long terme. Et c’est une conséquence que le gouvernement veut à tout prix éviter. C’est là que la solution de l’impact investing prend toute son ampleur.

En parallèle, Ashoka compte 600 entrepreneurs dans la région (certains parlent même de 2’000 entrepreneurs sociaux), contre 500 en Amérique Latine, ce qui fait de l’Asie la zone avec la plus forte concentration d’entrepreneurs sociaux.

Le PIB par habitant devrait croître à une moyenne de 9,8% au cours des cinq prochaines années, ce qui offre aux investisseurs la possibilité de recevoir des rendements financiers très attrayants.

Rien qu’au Japon, il existe USD 16 trillion d’actifs individuels privés, prêts à être investis ; or le marché de l’impact investing ne représente que 250m d’actifs sous gestion aujourd’hui. Rappelons encore une fois que la Chine compte la plus grande densité de millionnaires au kilomètre carré !

Tout est à faire, rien n’est acquis et c’est ce qui rend tout cela très stimulant.

La population est de plus en plus consciente de l’importance de financer son développement différemment. La volonté de participer au bien-être de sa communauté est exacerbé, surtout après des évènements malheureux comme le Tsunami de Mars 2011 au Japon ou les scandales alimentaires chinois. Ne parlons même pas de l’effet direct et quotidien de la pollution dans des villes comme Beijing ou Shenyang. Même les gouvernements se tournent vers ces nouvelles formes d’investissement car ils sont conscients de leurs limites grandissantes.  

Il manque peu de choses pour que l’Asie devienne un géant de l’impact investing, surtout si la Chine, comme à son habitude, se lance à corps perdu dans le développement de ce marché dans les mois, années à venir.

Désormais il s’agit de créer une infrastructure de marché appropriée, un cadre légal favorable pour ce type d’investissements. Les gouvernements doivent créer des primes pertinentes pour stimuler l’intérêt des investisseurs privés pour l’impact investing, tandis que des associations doivent se créer pour faciliter la structuration des entreprises sociales afin qu’elles soient rapidement prêtes à recevoir du capital.

En termes d’opportunités, on voit ressortir plusieurs domaines d’intervention urgents qui nécessitent des solutions rapides et massives (la liste est non-exhaustive) :

  • La pollution
  • Le vieillissement de la population (15% de la population chinoise a plus de 60 ans)
  • Les transports et l’infrastructure publics
  • L’exode rural
  • Des aliments sains et naturels
  • Une agriculture non-destructrice et nourricière

Grâce à la résilience du consommateur asiatique (et en particulier chinois) et sa propension à adopter rapidement les tendances, la croissance de la finance responsable peut aller très vite.

La collaboration est clef dans cette phase de croissance du marché de la finance responsable en Asie, et en particulier en Chine où les acteurs ne demandent qu’à apprendre et prouver que le potentiel est bien là. Notre expérience en Europe peut servir d’exemple, notamment pour alerter sur les erreurs à éviter.

Il est clair que tout reste à faire et qu’il reste un certain nombre de défis à relever et d’obstacles à dépasser mais c’est aussi cela qui rend cette perspective aussi attirante.

Pour tout commentaire ou question sur mon voyage de recherches en Chine, une mise en relation avec les acteurs locaux, merci de me contacter à durey@quadia.ch

Sophie Durey, qui mène l’évaluation d’impact chez Quadia, a passé deux mois à rencontrer les acteurs de la durabilité chinoise pour comprendre comment le pays le plus peuplé au monde réagit face aux problèmes urgents liés à la pollution de l’air comme du sol et de la sécurité alimentaire. Selon Sophie, l’évaluation des enjeux sociaux et environnementaux occupe une place primordiale dans l’analyse des opportunités d’investissement. Le contexte global est indissociable du contexte local. Il lui paraissait donc indispensable de se rendre compte sur place de l’influence qu’un pays comme la Chine peut avoir sur ces grands enjeux.

SFG & Blog // S. Durey // 15.12.16

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