Peut-on faire de l’impact investing en investissant dans le public equity ?

Jusqu’à maintenant, le private equity a été le fer de lance de l’impact investing. C’est l’instrument financier le plus adapté pour une approche d’investissement qui demande une analyse approfondie de toutes les dimensions du modèle d’affaires. De plus, l’investissement en private equity offre un pouvoir plus grand à l’investisseur en lui permettant de se montrer actif et d’influencer la stratégie de la société dans une optique de maximisation de l’impact économique, financier, environnemental et social. L’approche à long terme de l’impact investing correspond parfaitement à la prise de capital dans des sociétés avec une perspective de sortie allant parfois jusqu’à 15 ans. La création d’impact étant par essence envisagée dans la durée, l’approche long terme du private equity fait sens pour l’impact investing.

Ces dernières années, les succès enregistrés en private equity par l’impact investing ont largement prouvé la valeur de cette approche et son potentiel pour transformer de façon durable la manière dont nous investissons. Il est désormais clair que les sociétés qui auront intégré les éléments d’impact dans leur business model à temps auront de meilleurs résultats sur le long terme. Mais qu’en est-il des autres classes d’actif ?

Le public equity bénéficie de l’avantage de liquidité qui plaît souvent aux investisseurs traditionnels et contrebalance la difficulté de sortie propre au private equity. Cela offre une pool d’investisseurs plus nombreux. Le fait que le public equity permette un investissement supervisé par une autorité extérieure, de même qu’un profit rapide, est particulièrement attractif également. Quant à l’activisme actionnarial, il existe dans les sociétés cotées mais est souvent exercé par les actionnaires majoritaires qui, encore aujourd’hui, n’ont pas toujours intégré la notion d’impact à leur stratégie de profit.

Enfin investir dans le public equity permet de créer un portefeuille cohérent sur plusieurs classes d’actifs. On imagine qu’à terme on sera capable de créer des portefeuilles entièrement dédiés à l’impact investing, quelle que soit la classe d’actifs (or propre, green real estate…).

Plusieurs contraintes apparaissent lorsque l’on applique l’approche impact investing au public equity, notamment en termes de sélection de deals. En effet, beaucoup de portefeuilles dit d’impact s’avèrent être des copies conformes de portefeuilles traditionnels car les sociétés sélectionnées sont avant tout des compagnies avec un fort pouvoir de communication qui réussissent à se labéliser ISR sans pour autant se démarquer dans les faits. Ce n’est pas suffisant.

La solution : sourcer les deals en filtrant par l’impact et investir dans les compagnies cotées qui ont réellement intégré les éléments d’impact dans le cœur de leur modèle d’affaires. C’est la mesure d’impact qui permet de s’assurer de cela. En favorisant l’investissement dans ce type de sociétés, le marché devrait peu à peu être reformaté et le concept de durabilité ainsi que la maîtrise des conséquences de l’investissement y seront réintégrés.

A terme, je crois que l’on assistera à l’élimination des ‘mauvais élèves’ grâce à une sélection naturelle, un « darwinisme économique » provoqué par le déploiement efficace du capital vers des compagnies qui créent réellement de l’impact.

Au fond, l’impact investing en public equity cherche à créer du revenu à court terme en donnant les moyens à une compagnie qui a correctement intégré les enjeux environnementaux et sociaux à sa stratégie de continuer à évoluer en lui offrant le financement dont elle a besoin.

L’impact investisseur doit seulement être capable de justifier la création d’impact quelle que soit la durée de son investissement. Même en public equity, l’impact se fait au niveau du produit ou service délivré par la compagnie. L’investissement en lui-même n’est qu’un levier pour cet impact. Le capital est indispensable pour générer un changement positif mais il peut être multiforme ou venir de différentes sources tant qu’il est apporté en continu. Aussi, l’investissement fait en public equity permettra-t-il de toute façon à la compagnie de se développer et de générer de l’impact même si les investisseurs changent.

Je suis convaincue qu’il faut positionner l’impact investing comme une approche d’investissement généralisable sur toutes les classes d’actif et capable de déployer avec succès son potentiel sur tous les instruments disponibles sur le marché aujourd’hui.

Une question demeure : faut-il créer un marché d’impact investing spécifique pour le public equity (« social impact markets ») ou bien pousser les marchés existants à intégrer la durabilité et à être plus transparents?

SFG // S. Durey // 21.08.14

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