Philanthropie: 10% sinon rien?

Je ne sais pas si cela vous a frappé, mais lorsque l’on parle de son portefeuille patrimonial, on parle de performances financières, voire extra financières. Et lorsque l’on parle de ses donations, on parle de coûts et des frais administratifs des associations. Drôle de paradoxe, vu les enjeux auxquels nos sociétés font face: exclusion sociale, malnutrition, santé publique, pour n’en citer que trois.

Dans les deux cas aussi, l’objectif des 10% (de performance ou de coûts) sont trop rarement atteints mais pour des raisons différentes. Les marchés ne produiraient plus la performance rêvée, et les associations seraient trop gourmandes en frais administratifs ? Est-ce vraiment opportun de penser au seul critère des coûts pour choisir ses donations ? Ne devrions nous pas changer de critères pour choisir les associations ?

Sur ce sujet, Dan Pallotta, mieux que beaucoup d’autres, a créé le buzz lors de la TED Conférence de mars 2013 avec son intervention intitulée: « The way we think about charity is dead wrong ». Son propos a certes un biais anglo-saxon. Il n’en reste pas moins magnifiquement provocateur, et il bouscule ou cristallise les idées reçues sur ce secteur associatif, objet de toutes nos attentions quand nous donnons. Retenons trois réflexions qui doivent nous guider en tant que donateurs:

Un niveau de frais administratifs maximum fixe? Trop souvent, on entend qu’une association qui a des frais administratifs inférieurs à 10% est bien gérée. Cependant, selon la nature des associations et de leurs actions, la part administrative peut être très différente et se justifier. Livrer des sacs de riz au Darfour ne peut pas coûter la même chose qu’un encadrement d’un jeune patient handicapé à Genève. A cet égard, un pourcentage de frais trop bas devrait éveiller au moins autant de vigilance qu’un pourcentage trop élevé.

Le stade de développement de l’association. La notion d’investissement n’est pas étrangère aux associations qui ont elles aussi besoin d’investir: que ce soit dans les ressources humaines pour attirer ou retenir les talents, ou dans une campagne publicitaire pour diversifier leurs sources de revenu comme le suggère Dan Pallotta. Ces investissements sont le signe d’une vision à long terme du partenaire associatif et de sa pérennité.  De la même manière que lorsque l’on investit dans une entreprise, le donateur devrait s’interroger sur le cycle de vie de l’association dans laquelle il donne et sur les meilleurs leviers de création de valeur pour son action. Contribuer au développement de l’association peut créer un effet de levier très important de son don.

Penser performance ou coût pour ses donations ? Et si votre banquier vous proposait d’acheter des actions Nestlé ou de Novartis en vous expliquant leurs frais de marketing et les salaires du personnel ? Il faut de l’expérience pour analyser la structure de coûts d’une association dont les besoins et les investissements ne sont pas les mêmes selon l’action ou le champ d’activité. Avoir des critères différenciés et nuancés comme la qualité de son management, sa gouvernance, ses résultats passés, la pertinence de son action ou sa réputation auprès de ses partenaires est un bon point de départ.

Ce questionnement est bien plus important qu’il n’y paraît quand l’on sait que le donateur a le choix entre 110’000 associations s’il donne en Suisse, 280’000 s’il donne en Angleterre ou 400’000 s’il donne au Brésil. Il semble dès lors bien plus pertinent d’intégrer l’idée que les associations devraient être analysées et choisies selon leurs performances et non selon leur seule structure de coût. 10% sinon rien ne rime à rien.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 18.04.13

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