Philanthropie aujourd’hui – to be or not to be discreet?

« Le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien. » L’adage qui a inspiré des générations de donateurs est univoque ; la philanthropie se doit d’être discrète. A entendre le débat, pour le moins animé, à Genève autour du soutien du collectionneur-philanthrope Jean-Claude Gandur, ou les confidences passionnantes de l’entrepreneur Hansjoerg Wyss ou encore l’annonce récente par lePrince Al-Wahid ben Talal de léguer sa fortune, il semble bien que la discrétion n’ait plus le vent en poupe ! Serait-elle devenue has been ?

Être visible, c’est devenir un bon philanthrope. Dans le cas d’un musée public ou d’un centre de recherche universitaire, la visibilité devient une composante souvent nécessaire dans une collaboration avec l’Etat, et, peut-être, une composante recherchée de la fondation. Parfois aussi la visibilité d’un soutien par une fondation reconnue est un gage de confiance pour des plus petites fondations qui n’auraient pas les mêmes moyens pour trouver des bons partenaires. En identifiant avec une extrême diligence les entrepreneurs sociaux innovants, la Fondation Skoll, du nom de l’ex-Président de E-Bay, leur permet de gagner une visibilité nécessaire supplémentaire. On peut considérer cette visibilité comme un choix délibéré, voire stratégique au sens où sans elle, l’impact de la fondation ne serait pas aussi grand ou simplement pas possible.

De la valeur de la discrétion. Mais ne nous y trompons pas ; la valeur d’une philanthropie ne tient pas à sa visibilité ! Ceux d’entre eux qui sont dotés d’une ferme discrétion peuvent être des partenaires hors pair, ce, d’autant plus quand la cause nécessite une agilité diplomatique comme par exemple la défense des Droits de l’Homme au Cambodge. La discrétion en philanthropie peut aussi être précieuse quand il s’agit de protéger un environnement familial ou entrepreneurial, ou tout simplement d’éviter des sollicitations non-souhaitées.

Un donateur me confiait récemment l’erreur qu’il avait commise en créant une fondation à son nom. Il s’est fait plus d’ennemis que d’amis car plus nombreux sont ceux qui ont dû essuyer un refus de soutien de sa fondation. A posteriori il aurait donné plus efficacement et sans créer de frustration avec une fondation ne portant pas son nom. Ou pas de fondation du tout. La discrétion peut inciter la générosité si elle est garantie.

Etre visible ou être transparent ? A l’heure du tout transparent, de nos réseaux sociaux jusqu’aux cuisines de nos restaurants préférés, on doit s’interroger sur la vertu de la transparence en matière de philantropie. Visibilité ne rime pas avec transparence. La transparence en philanthropie c’est dire tout, mais pas à tout le monde. La liberté de choix du donateur doit être protégée si l’on ne veut pas casser leurs dynamiques de réalisation de soi dans l’intérêt général, reconnaissant que l’autorité compétente a, et doit avoir accès à toutes les informations nécessaires à sa surveillance.

Pour résumer, il y a le donateur encombrant mais nécessaire par sa visibilité, le donateur inconnu que l’on cherche mais que l’on ne trouve pas car il est invisible, et enfin celui dont on ne parle pas (ou si peu). Pas facile de s’y retrouver dans ce maelstrom où le succès des uns se conjuge à la discrétion des autres, dans un contexte de parcimonie grandissante des finances publiques.

Entrepreneur suisse emblématique, et fondateur de la Migros (et du pour-cent culturel) Gottlieb Duttweiller, disait en son temps déjà « Die Freiwilligkeit ist der Preis der Freiheit ». Même si l’actualité est à la visibilité et dans une certaine mesure à une transparence grandissante, il est bon de rappeler que le donateur en Suisse est libre de communiquer, ou pas, vis-à-vis d’un public plus large sur la nature et la forme de son engagement. Cette liberté est garantie par le législateur et la pluralité des approches devrait prévaloir sur une exigence que l’on ne s’imposerait pas forcément à soi-même.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

 

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 16.07.15

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