Philanthropie, deux lectures estivales pour la rentrée.

L’été nous donne des respirations dans notre agenda pour nous permettre un temps de détente, et un temps de réflexion. La philanthropie, même si elle est devenue un sujet en soi, se nourrit de ces deux temps car le reste de l’année notre quotidien nous force à faire des choix où ce type de lecture n’est pas toujours prioritaire. Je vous propose deux livres publiés ces dernières semaines, et en français, ce qui est plutôt rare pour le sujet, pour préparer votre rentrée.

La philanthropie comme contestation politique

Dans « La philanthropie », le jeune sociologue suisse Alexandre Lambelet porte un regard sans complaisance sur cette activité rarement analysée dans sa dimension politique. Alliant mise en perspective historique et observation contemporaine, il souligne l’importance de la professionnalisation de ce secteur. Son propos se porte cependant surtout sur l’affirmation de la philanthropie comme une pratique contestataire d’une élite revendiquant la compétence à résoudre les problèmes sociaux. Pour lui la philanthropie ne se résume pas à la relation entre individu et leur mode d’action. Elle prend alors son sens en remettant en cause l’action publique des autorités élues. Enfin ce livre présente un panorama large des travaux portant sur la philanthropie des deux côtés de l’Atlantique et pour une fois en incluant la Suisse. Alexandre Lambelet a aussi récemment partagé son analyse dans un pod-cast de la Radio Suisse Romande.

La philanthropie comme une affaire de famille

Dans le même élan mais avec un prisme très différent, les chercheurs français Anne-Claire Pache et Arthur Gautier lèvent le voile dans « La philanthropie, une affaire de famille » sur l’engagement philanthropique d’une trentaine de dynasties d’entrepreneurs français comme les Rotschild, Mérieux ou Bettencourt Schueller. Cet ouvrage donne un compte rendu inédit de familles qui parlent ouvertement de leur histoire personnelle en affectant une partie de leur patrimoine au bénéfice d’intérêts généraux en évoquant les réussites mais aussi les échecs. Les auteurs parient sur cette forme de philanthropie de famille comme un domaine en croissance puisqu’ils estiment qu’à ce jour moins de 10% des 3’220 fondations privées sont à caractère familiale (contre 40’000 aux USA et 10’000 en Angleterre). Domaine peu étudié dans un pays où la réussite est encore souvent suspecte, cet ouvrage offre un panorama unique sur les motivations ou les manières de donner chez nos voisins tout en soulignant des pistes d’avenir.

 Même si ces deux ouvrages ont une vocation très différente, ils tentent de répondre différemment à ces trois questions : qui sont ceux qui donnent ?, pourquoi ? et comment le font-ils ? Trois commentaires avant de vous laisser à vos lectures :

  1. Concilier l’ambition des résultats et l’humilité face aux enjeux d’utilité publique. Ces deux ouvrages soulignent le caractère de plus en plus construit de la philanthropie garant de qualité et de professionnalisme pour les uns, ou d’intention d’influence pour ne pas dire de contrôle pour les autres. Cette ambition devrait se concilier avec une certaine humilité face aux enjeux. Comme le dit Vidal Sassoon : « le seul endroit où le mot succès vient avant le mot travail c’est dans le dictionnaire. ». C’est aussi vrai pour la philanthropie.
  2. Redéfinir la responsabilité individuelle. Là où Alexandre Lambelet voit une appétence du pouvoir perdu, Anne-Claire Pache et Arthur Gautier présentent des familles qui souhaitent concilier le privilège de leur patrimoine ou de la réussite entrepreneurial avec la responsabilité collective. La philanthropie est un espace de liberté et de créativité qui permet un projet commun au sein de l’entreprise ou au sein de la famille avec des logiques très différentes.
  3. Créer puis transmettre. Les deux suggèrent aussi qu’il faut créer un capital pour pouvoir le redistribuer même si les auteurs diffèrent très sensiblement sur la finalité de ses actions. Mais pour les deux auteurs français, ils soulignent que pour perdurer il faut aussi transmettre à travers les générations ce capital financier, social et culturel en gardant à l’esprit que « le sens de l’héritage n’est pas de recevoir mais paradoxalement de donner. »

Bonne suite d’été.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 07.08.14

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