Quelle nouvelle alliance pour motiver les jeunes agriculteurs?

écrit avec et sur une idée de Inès Burrus.

 

Comment produire de la nourriture et surtout grâce à qui la planète va-t-elle nous nourrir ? En Suisse les initiatives populaires (pour la sécurité alimentaire, pour des aliments équitables) montrent que cette question nous concerne tous. Les ressources naturelles s’épuisent et les agriculteurs vieillissent. Ils se sentent abandonnés. Leur colère s’est exprimée très clairement en France au salon de l’agriculture.

 

Il y a dans le monde autour de 570 millions de fermes . Seulement 30 millions d’exploitations sont mécanisées et plus de 500 millions utilisent des parcelles de moins de 2 hectares (source FAO). Les petits producteurs n’ont aucun rôle dans le mécanisme de fixation des prix d’achat, ni de pouvoir de négociation, et vendent régulièrement à perte. Par ailleurs produire bien et bon n’est pas toujours viable face à ceux qui produisent beaucoup, souvent avec une mauvaise qualité et des externalités environnementales, sociales et sanitaires négatives. Les petits agriculteurs luttent pour leur survie, leur nombre chute et la relève est difficile.

 

Est ce que l’agriculture mondiale doit suivre l’évolution occidentale, c’est à dire depuis la seconde guerre mondiale un modèle quantitatif ? Ce n’est pas mon opinion, d’autant plus que les priorités changent. Une grande partie de la nourriture est gaspillée, l’autre provoque obésité et maladies. Il faut rapidement établir une nouvelle alliance sur la chaine de valeur alimentaire, privilégiant la qualité et la logistique (article de MD.Choukroun).  Egalement indispensable, un modèle économique profitable pour attirer des néo-ruraux dans les pays développés et pour maintenir les agriculteurs en activité dans les pays émergents. Je m’inspire donc du texte de O.de Schutter en 2010, alors rapporteur spécial des Nations Unis, expliquant que l’avenir agricole doit s’appuyer sur l’agroécologie familiale. Cela concerne 5 millions de familles brésiliennes produisant 70% des aliments consommés au niveau national. Ainsi, Alan Bojanic, représentant de la FAO, affirme qu’une « complémentarité entre une agriculture exportatrice et une agriculture destinée au marché national est clef ».

 

Et si on donnait la parole aux générations futures ?

J’aimerais évoquer ici une étude de cas menée par I.Burrus au Brésil dans le cadre de son projet doctoral. Sur le terrain à l’école d’agroécologie fondée par Abdalaziz de Moura, qui a littéralement transformé l’éducation rurale avec la création de la Proposition Educative d’Appui au Développement Durable et la fondation du Servicio de Tecnologia Alternativa (Serta), elle relève l’importance de maintenir l’attrait de la jeunesse pour l’agriculture familiale et de  comprendre  ses valeurs et ses aspirations. Les témoignages recueillis montrent la volonté des étudiants de diffuser les connaissances acquises au Serta en expliquant aux agriculteurs qu’ils peuvent cohabiter avec la nature et produire sans la détruire, sans exploiter la terre jusqu’à son épuisement. Il est question aussi de mettre en garde la jeunesse qui serait tentée de quitter la zone rurale pour la ville. En complément, Inès mentionne qu’il semblerait qu’un conflit de valeurs ait déjà éclaté entre deux générations. Maximiser ses revenus à n’importe quel prix n’est plus la priorité de la jeunesse rurale. Les producteurs d’aujourd’hui et de demain aspirent avant tout à une vie saine et heureuse, en adéquation avec la nature. Il est donc essentiel que le secteur agricole s’adapte non seulement aux besoins des consommateurs mais aussi au changement de mentalité des producteurs.

 

La question des solutions financières pour répondre à ce nouveau paradigme demeure. La Microfinance n’apparaît pas être un moyen suffisant. En effet afin que l’agriculture familiale devienne une activité attractive, il est nécessaire de rendre les formations accessibles et de développer des technologies adaptées. L’Impact Investing, en soutenant un entrepreneuriat valorisant la qualité environnementale, sociale et nutritionnelle, doit, elle aussi, y contribuer. Ainsi nous éviterons que la biodiversité, les semences anciennes et la connaissance agricole ne terminent dans une boite comme l’Arche d’Alliance . En effet “le succès ne consiste pas à ne jamais faire d’erreurs, mais à ne jamais faire la même deux fois” GB Shaw.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // A. Jung // 21.03.16

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