Repenser la valeur de l’argent pour la Next Gen.

Un cynique est un homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien, disait Oscar Wilde. Le prix des choses ne dit donc rien de leur valeur. Alors comment, dans notre société aujourd’hui, apprendre à nos enfants la valeur des choses, plus que leur prix ? Comment leur transmettre l’envie de s’engager dans la vie et prendre leurs responsabilités ? Quelle(s) valeur(s) à l’argent ?

Je discutais récemment avec un spécialiste reconnu de la gouvernance au sein de groupes familiaux qui me rappelait ce chiffre effrayant : «Une famille a 91% de probabilité de rater le transfert de son patrimoine après trois générations. » Le défi est donc double : préparer un patrimoine pour ses enfants est aussi important que de préparer ses enfants à un patrimoine.

L’argent n’a pas une valeur, mais des valeurs. Au XIX siècle, John D. Rockefeller a créé une dynastie dont on connaît encore le patronyme aujourd’hui. Entrepreneur dont la fortune a été peu égalée et dont la vocation de philanthrope perdure avec la fondation à son nom. Les anecdotes transforment les individus en légende et il en est une peu connue à son propos. De son vivant, on raconte qu’il avait dans la cuisine familiale trois récipients de taille égale à l’attention de ses enfants. Ces trois récipients  avaient trois fonctions bien précises qu’il appelait les trois « S » : spending, saving, sharing. Dépenser, économiser et partager.

Les valeurs ne se transmettent pas de manière déclaratoire – elles vivent d’exemplarité et d’opportunité. Des études récentes comme celle de Women Give 2013 démontrent à quel point il est important de parler à ses enfants, mais plus encore de donner nous-mêmes pour les encourager à le faire. Les enfants qui peuvent s’impliquer directement dans des projets caritatifs, comme lors de la vente d’Ecus d’Or pour proNatura ou celle des mouchoirs pour Terre des hommes à Genève vendredi 14 mars, vont développer des expériences qui renforceront leurs sentiments de responsabilité et d’empathie. Nous autres adultes devons agir en facilitateurs et leur laisser un certain niveau de contrôle et d’autonomie. En France, l’Ecole de la Philanthropie a développé un modèle innovant pour les jeunes pour les aider à s’engager de manière très systématique à travers un programme qui permet à chacun de s’impliquer concrètement et de vivre une expérience.

A l’image de l’anecdote de John D. Rockefeller et des exemples ci-dessus, nous voyons de plus en plus de groupes familiaux qui préparent la prochaine génération en créant des fondations privées d’utilité publique ou en ajoutant à leur fondation un fonds dédié à la transmission. L’argent devient alors un outil fantastique, tourné vers les autres, qui leur offre une opportunité d’apprendre à faire ensemble. Les entrepreneurs, créateurs de richesses dans nos sociétés, savent tous combien créer un patrimoine est un défi passionnant. Leurs héritiers savent eux combien le développer et le transmettre est un art. Un art face auquel nous ne sommes pas tous égaux, et où la philanthropie peut devenir un ciment commun.

Si l’opposé du cynisme est l’audace, le respect et la bienséance, gageons que prendre le temps de comprendre la valeur des choses est porteur d’avenir pour notre société. L’argent n’a pas comme seule finalité celle d’être dépensée. Elle génère aussi une valeur par sa capacité à nous protéger à travers l’épargne et celle d’aider l’autre à travers le don et la philanthropie. Nous pouvons faire le vœu que les familles et les entrepreneurs qui transmettront, à travers l’exemplarité de leurs comportements, cette idée que l’argent a des valeurs plutôt qu’une valeur, auront plus de chance de réussir.

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 03.04.14

Comments are closed.

print