Sommes-nous généreux?

Pour chacun d’entre nous, donner de son temps ou de son argent occupe une place tout à fait particulière dans nos vies, et ce, quelle qu’en soit l’importance ou le montant donné. « We make a living by what we get, we make a life by what we give » disait Winston Churchill. L’empathie comme la générosité peuvent tout à fait côtoyer la philanthropie sans échelle de valeur aucune. Alors combien donner dans une société qui laisse, heureusement, à chacun ce libre choix ?

Les Suisses sont-ils généreux? Notre moyenne nationale a été de 382 francs par habitant en 2012 même si, sur une période de 10 ans, ce montant est plus élevé, autour de 500 francs. Nous avons aussi des grandes disparités nationales puisque les Alémaniques donnent en moyenne deux fois plus que les Romands. Le World Giving Index – réalisé par une Fondation de référence en Angleterre – interroge chaque année près d’un demi million d’habitants dans 130 pays pour comparer leur générosité en temps, en argent et en ouverture à l’autre. Cet indice a identifié qu’un Suisse sur deux fait des donations, ce qui la place comme la douzième nation.

Donnons-nous tous autant?  L’année passée, Ken Stern écrivait dans le journal américain, le Atlantic, que les 10% les plus riches aux Etats-Unis donnaient 1.3% de leur revenu, alors que les 20% les plus pauvres donnaient eux 3.2% de leur revenu. L’article citait aussi la conclusion suivante sur une étude de l’Université de UC Berkeley : les gens aisés vivant dans des quartiers plus homogènes socialement avaient tendance à donner moins que les gens ayant le même revenu, mais vivant dans des environnements avec une plus grande mixité sociale. La générosité n’a donc peut-être pas le lien intuitif que l’on pourrait imaginer trouver avec le sentiment de richesse, mais plus avec celui de disparité.

La religion comme point de repère?  Longtemps, la religion a servi de référence à notre générosité. Dans la chrétienté, la charité est l’une des trois vertus « théologales » avec la foi et l’espérance. La notion de la Dîme qui y est associée reste parfois encore un « impôt obligatoire » dans les pays européens, même si ce n’est plus le cas en Suisse où les contributions sont volontaires (jusqu’à 2.3% du revenu dans certains cantons). Il est aussi intéressant de voir comment les religions comme le judaïsme avec la Tsedaka et l’Islam avec le Zakât orientent le donateur avec rigueur et discipline. Ces orientations sont souvent vécues comme une responsabilité individuelle ou un sentiment de rendre justice, plutôt qu’une « charité ». Cependant avec la laïcité grandissante de notre société européenne, il me semble que souvent ces repères perdent en influence.

Donner un pourcentage fixe de son revenu ou sa fortune?  Lancé par le couple Gates et Warren Buffett, le Giving Pledge, qui propose de donner au moins 50% de sa fortune, fait beaucoup parler de lui et de l’engagement des grandes fortunes. Plus proche de vos moyens (et des miens) on trouve des initiatives comme la OnePercentFoundation ou des campagnes nationales comme en Australie qui incitent à donner 1% de son revenu brut. Cette stratégie est un peu prescriptive, mais a le mérite de donner un message clair. Calculer les montants que l’on a donné soit même avec ce mécanisme de 1% de son revenu brut pourrait être, une fois par année, une habitude judicieuse.

Donner pour nous ou pour les autres? Il faut être conscients que les donations des particuliers comme vous et moi seront toujours en deçà des besoins dans l’humanitaire, le social ou la culture, mais peuvent toutefois faire la différence. La question est donc moins celle du combien ? que celle du « comment donner » qui est à l’épicentre de la philanthropie aujourd’hui. Dans « Why Others ? Philanthropy as opportunity? », un livre collectif sur la philanthropie publié en 2008 et auquel j’ai eu le plaisir de participer avec Matthieu Ricard, celui-ci cite plusieurs études scientifiques qui démontrent « que donner de l’argent pour autrui peut faire le bonheur (…) et que des gens qui avaient déclaré avoir dépensé plus d’argent pour autrui étaient aussi les plus heureux. Cette observation s’est vérifiée aussi bien pour la philanthropie à grande échelle que pour des dons d’un montant de cinq dollars. » Alors si nous ne donnons pas pour les autres, faisons-le pour nous.

Et vous combien donnez-vous ?

Publié sur Bilan où de nombreux autres blogs sont à découvrir.

Bilan & SFG // E. Eichenberger // 08.05.14

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