The economics of happiness: et si l’impact investing rendait heureux?

Régulièrement, je suis amenée à essayer de convaincre mes interlocuteurs que la finance responsable est une bonne solution pour favoriser un développement durable. Il est parfois dur de trouver les mots justes pour exprimer tous les bienfaits résultant de l’impact investing à des personnes qui ont déjà un regard cynique sur la finance en général – parfois à juste titre.

En lisant les récents travaux sortis sur l’Economie du Bonheur, je me suis rendue compte que les déterminants économiques du bien-être sont exactement les thèmes d’investissement ciblés par l’impact investing : création de revenu/ finance ; emploi/ travail ; capital social/ communauté inclusive ; santé ; éducation ; conditions environnementales décentes et durables ; droits de l’homme et gouvernance tournée vers la transparence ; entre autres.

J’en suis venue à la conclusion qu’au fond, l’impact investing était un moyen d’augmenter le sentiment de satisfaction de l’individu et de la société. En d’autres termes, l’impact investing vise à rendre les gens plus heureux. Coïncidence ou corrélation ? Et peut-on extrapoler en disant que l’impact investing cherche à investir dans le bonheur ?

Que cela soit en investissant dans la microfinance pour favoriser l’accès aux crédits de petits entrepreneurs ou en aidant des agriculteurs à améliorer leur système de production et donc leurs revenus à long terme ; ou encore en améliorant le système de santé des pays en développement, tous ces modèles d’affaires visent – in fine – à augmenter le bonheur des individus.

Comme le dit Jeffrey Sachs, «  si nous agissons intelligemment, nous pouvons protéger la Planète tout en augmentant la qualité de vie de chacun à travers le monde ».

Bien sûr la notion de bonheur diffère d’une culture à l’autre mais l’être humain a universellement besoin d’avoir accès à un certain nombre de produits et de services qui lui permettent d’assurer sa survie et son bien-être. Ce sont ces besoins-là que l’impact investing s’attache à rendre accessibles et abordables. On pourrait argumenter qu’en fait, le développement durable c’est l’accès équitable à ces biens et services fondamentaux. La mise à disposition de ces derniers permettraient à 4 milliards de gens de ne plus seulement survivre, mais de vivre et pourquoi pas, d’augmenter le niveau de satisfaction générale. La quête du bonheur est en fin de compte liée à la quête du développement durable.

L’impact investing en fait regarde au-delà de la simple utilité à court terme (satisfaction financière, risque/ rendement) et vise l’amélioration de la qualité de vie sur plusieurs dimensions et sur le long terme (bien-être, risque/ rendement/ impact). Parce qu’en continuant au rythme actuel, nous sommes en passe d’empêcher les futures générations d’être heureuses : catastrophe écologique, crises financière et économique, maladies, guerres… On peut imaginer le pire si on ne recherche pas plus activement le bonheur à travers la finance.

On voit bien que des revenus supérieurs ne sont pas suffisants pour rendre les gens heureux. Il faut aussi et surtout de bonnes infrastructures, des institutions politiques solides et transparentes, l’accès à des systèmes de santé fonctionnels, l’accès à des produits et services basiques et abordables (éducation, finance, alimentation) et un écosystème sain et florissant. Ces éléments, facilement quantifiables, doivent également être accompagnés d’un aspect qualitatif de bien-être général selon les contextes spécifiques. Et tout cela peut être financé, notamment, par l’impact investing.

Ce que l’on voit, c’est que la recherche du bonheur commence par un certain nombre d’acquis économiques et sociaux que nous pouvons objectivement mesurer (mesure d’impact) et rendre profitables (impact investing). Par ailleurs, le bien-être des générations futures dépendra des ressources qu’on leur laissera. De nombreux indexes et mesures du bonheur sont désormais disponibles (Happy Planet Index ; World Happiness Report, Life Satisfaction Index, World Database of Happiness, OECD Better Life Index…). Pourquoi ne pas intégrer la notion de bien être dans les calculs financiers et économiques?

Par ailleurs, il semblerait qu’aujourd’hui la recherche du bonheur ne soit plus ce Graal loué par les philosophes grecs, mais simplement l’accès à des systèmes de santé fonctionnels, à des produits financiers sains, à une éducation tournée vers la maximisation du potentiel et créatrice d’opportunités de travail, à des institutions politiques et sociales favorables au bien être de la communauté toute entière… Et on peut dire que l’impact investing a ciblé ces sujets-là et entend maximiser le capital privé en investissant dans toute compagnie qui soutiendrait ces accomplissements.

SFG // S. Durey // 26.06.14

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