Vers une standardisation des outils de mesure d’impact ?

Un des débats actuels dans l’industrie de la mesure d’impact concerne la nécessité ou non de standardiser le secteur en s’accordant sur un certain nombre de labels, certifications, audits ou indexes.

Le principal argument en faveur d’une standardisation des outils fondamentaux de mesure d’impact est la création d’une industrie solide et crédible. Grâce à cela l’industrie serait plus accessible et chaque acteur travaillerait sur une base commune qui faciliterait l’indexation et la comparaison. Les modèles à suivre seront mis en avant. Il suffirait alors de se référer aux standards, comparer les compagnies et choisir la compagnie qui semble la plus adéquate pour l’investissement recherché.

Un investisseur ‘non-initié’ à la mesure d’impact s’intéressant à une entreprise sociale pourrait se tourner vers des outils connus pour effectuer son analyse sans encombre.
Ce qui me semble également intéressant c’est qu’en standardisant, on pousse les acteurs d’une industrie à s’accorder sur des définitions communes, réduisant ainsi le risque de défauts de compréhension. De plus, grâce à une base partagée, on crée un cadre d’action pour développer une régulation adaptée.

Pourtant, dans un domaine aussi jeune et innovant que la finance dit d’impact, est-il vraiment pragmatique de fixer des standards, alors même que toutes les potentialités de ce secteur n’ont pas encore été explorées ?

Alors que cette industrie est toujours en formation, il est difficile de prouver que les standards mis en place aujourd’hui seront fonctionnels dans le futur. Le secteur est trop neuf pour s’arrêter sur ses acquis et a besoin de démontrer ses états de services et d’innover sur un certain nombre de sujets avant de se proclamer ‘mature’ et à mon sens ‘standardisable’. Il serait mal avisé de la bloquer avec des standards peu évolutifs ou mal adaptés.

La finance dit d’impact se démarque également par sa capacité à prendre en compte les spécificités des entreprises sociales. Ces dernières s’adressent à des clientèles diverses jusqu’à là oubliées, en leur proposant des produits et services micro-adaptés et réinventés pour changer drastiquement leur condition de vie. Cela nécessite des outils de mesure d’impact et d’analyse flexibles, adaptés à la philosophie de chaque investisseur, voire sur mesure.

L’exemple qui contredit les ‘pro-standardisation’ est à mon sens la prolifération des labels ces dernières années. Bien que l’initiative soit particulièrement intéressante et prouve la volonté des acteurs de l’industrie de mettre en avant les ‘bons élèves’ , il me semble que cette facilitation du travail de l’investisseur peut avoir l’effet inverse : en favorisant les compagnies qui ont réussi à atteindre un certain nombre de critères définis individuellement par le label, on invite l’investisseur à se contenter d’accepter l’information telle qu’elle est et réduire ainsi l’analyse à son minimum. Il lui est offert du ‘prêt à investir’ et la profondeur et les bénéfices de l’analyse d’impact sont mis de côté (gestion des risques, mise en avant des opportunités futures… voir mon précédent article sur le sujet). Notons d’ailleurs que l’investisseur passe éventuellement à côté d’entreprises à fort potentiel mais qui ne rentrent pas dans les critères du label en question.

Quoiqu’il en soit, il est important de voir un certain nombre d’initiatives d’universalisation de la mesure d’impact fleurir dans l’industrie, car cela prouve la volonté de démocratiser cette nouvelle méthodologie d’investissement par les acteurs du secteur et leur activisme qui pousse le secteur à s’améliorer.

SFG // S. Durey // 01.05.14

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