Activités des Organisations Internationales en matière de développement du secteur privé: Quel potentiel pour le développement de la Finance Durable ? Analyse de l’écosystème suisse

Introduction
L’accomplissement des Objectifs du Développement Durable (ODD) ne peut se faire sans la participation du secteur privé. Cette participation du secteur privé, reconnue par l’Agenda du Développement Durable (ODD), l’Accord de Paris sur le Climat, ainsi que le Plan d’Action d’AddisAbeba qui vise à soutenir financièrement la mise en œuvre des ODD, en quoi consiste-elle vraiment ?

Le secteur privé est envisagé à la fois comme entrepreneur de l’économie réelle dans la mise en œuvre des ODD, mais également en tant qu’investisseur. Dans les pays en développement, la mise en œuvre des ODD doit passer le développement de l’entrepreneuriat durable. Cette condition sine qua non découle de la structure des économies de ces pays qui se compose principalement d’entreprises individuelles informelles ou de micros et petites entreprises. Si les grandes entreprises génèrent la plus grosse partie du PIB, ce sont les petites structures qui emploie la plus grande partie de la population. Tout l’enjeu est de trouver les politiques et programmes qui permettent à ces « entrepreneurs de survie » (par opposition à l’entrepreneuriat d’opportunité) de grandir et de devenir des entrepreneurs durable (financièrement, socialement, et d’un point de vue environnemental). Un défi, parmi d’autres, de ces entrepreneurs est l’accès au financement. Les taux d’intérêts sont trop haut, la panoplie d’instruments financiers n’est pas diversifiée et mal adaptée à leurs activités, et l’intermédiation financière est inefficace.

Mais l’accomplissement des ODD ne se fera pas sans l’industrie financière des pays développés, c’est-à-dire le secteur privé en tant qu’investisseur. Le développement de la finance durable est donc une condition nécessaire à l’accomplissement des ODD, mais semé d’embûches également. Le manque d’entrepreneurs durables. En effet, la maturation de cette industrie émergeante ne peut se faire qu’au rythme du développement de l’économie durable, c’est à dire d’une part de la transformation de l’économie traditionnelle et notamment des larges entreprises (par le haut) et d’autre part de l’émergence de l’entrepreneuriat et startup durable (par le bas). Le manque d’entrepreneurs durables représente donc l’intersection où se recoupe les intérêts des acteurs de la finance durable et ceux des Organisations Internationales (OI) visant au développement durable.

Il y a un Genève un terreau d’Organisations Internationales qui ont toutes une myriade de programmes et d’activités les mettant en contact direct avec de nombreux entrepreneurs durables à l’échelle globale. La liste ci-dessous constitue un bref aperçu des nombreuses organisations ayant un lien direct avec des start-up et PME. La première section de ce document dresse une liste plus détaillée et analyse le potentiel informationnel que représentent les divers réseaux des OI genevoises.

• Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)

• Bureau international du travail (BIT)

• Centre du Commerce International (CCI)

• Conférences des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)

• GAVI the Vaccine Alliance

• Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH)

• Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR)

• Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI)

• Union internationale des télécommunications (UIT)

Qui plus est, chacune de ces organisations a également son réseau d’associations et d’institutions travaillant également en contact direct avec des entrepreneurs durables. Les informations dont elles bénéficient sont utilisées pour l’organisation de projets de développement économique, d’ateliers de formation, de table ronde et conférences, mais ne sont pas transmises plus loin. Car pour les transmettre, encore faut-il savoir à qui et sous quelle forme?

Pourquoi ?

Ce rapport se concentre sur les startups et entreprises de petites tailles dont les activités reflètent une orientation vers la durabilité parce qu’elles représentent la proportion du secteur privé des pays en développement la moins visible. Les activités des entreprises de plus grosse taille sont connues des experts et autres parties prenantes de la finance durable. En revanche, celles des startups et PME durables des pays en développement beaucoup moins. Elles constituent une ressource importante et précieuse, mais pour l’instant sous-utilisée, pour les acteurs de la finance durable.

A qui ?

Il s’agit donc dans un deuxième temps d’identifier quels sont les acteurs de l’industrie de la finance durable qui pourraient bénéficier le plus du développement par le bas de l’entrepreneuriat durable, et donc de cette base de données dormante des OI. En effet, si ce volume d’information peut s’avérer utile et même nécessaire au développement de certains secteurs de la finance durable, il sera en revanche moins intéressant pour d’autres parties prenantes. 

Sous quelle forme ?

La forme que peut prendre une telle base de données dépendra alors des acteurs de la finance durable qui peuvent en bénéficier le plus. Il s’agira de déterminer la quantité d’information nécessaires (et sur l’entreprise et sur des critères de durabilité pertinent) pour rendre une telle base de données utile et pratique. Un compromis devra certainement être trouvé entre ce qui peut être demandé de la part des OI et de leurs réseaux respectifs et la valeur ajoutée pour les acteurs de la finance durable.

Les Organisation internationales

Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA)

Il est devenu clair que la complexité des situations d’urgence exige l’action coordonnée de divers acteurs, le secteur privé y compris. Afin de renforcer la préparation et la réponse aux situations d’urgence OCHA et la communauté humanitaire internationale ont, ces dernières années, noué des partenariats innovants avec le secteur privé pour valoriser l’expertise locale et sectorielle. Cette condition a donné naissance à la « Connecting Business Initiative »(CBI) soutenue par OCHA et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Le CBI a pour objectif de transformer la façon dont le secteur privé s’engage avant, pendant et après les crises humanitaires pour augmenter les capacités locales et la résilience de la communauté. Le CBI s’appuie sur un réseau de 13 pays (Côte d’Ivoire, Afrique de l’Est, Fiji, Haïti, Madagascar, Mexico, Myanmar, Nigéria, Région Pacific, Philippines, Sri Lanka, Turquie, Vanuatu). OCHA dispose d’un réseau d’entrepreneurs locaux dont l’activité est liée à la réduction des situations de crises humanitaires. OCHA travaille également avec le Forum Economic Mondial pour la promotion de l’engagement du secteur privé dans les contextes de crise humanitaire.

OCHA Partenariat avec le secteur privé:http://www.unocha.org/theme/partnerships-private-sector

CBI: https://www.connectingbusiness.org/home

Organisation Internationale du travail (OIT)

La promotion de l’entreprise durable est abordée dans les conclusions de la Conférence Internationale du Travail de 2007. L’adoption de bonnes pratiques dans les microentreprises, les PME et les grandes entreprises est soutenue par des programmes visant au renforcement des capacités et des ressources en matière de formation.

Le département « entreprise durable » dispose d’une série de programme dans le domaine du développement de l’entrepreneuriat et de la formation à la gestion. Ces outils couvrent des groupes cibles variés et des entreprises de taille diverses. « Tout savoir sur l’entreprise » (KAB) est un programme qui répond au défi du chômage des jeunes. « Gérez mieux votre entreprise » (GERME) est un programme de formation à la gestion des petites entreprises, dont l’objectif est la création des emplois meilleurs et en plus grand nombre dans les économies en développement et les économies en transition. Le programme « Développez votre entreprise » (EYB) est une formation intégrée sur l’entreprise et un soutien destiné aux PME qui se sont fixé des objectifs de croissance. Le programme «Emploi durable et développement économique» (SEED) vise à la réduction des conflits en améliorant les perspectives économiques et d’emploi, en ciblant les jeunes et les femmes dans les zones d’insécurité. Enfin, l’unité « Social Finance » se veut la composante d’accès au financement des programmes cités ci-dessus. L’unité travail avec les fournisseurs de services financiers de pays en développement pour améliorer l’efficacité et l’impact de leur investissement. L’unité travail avec des investisseurs « traditionnelle » en leur demandant de renforcer l’impact social et environnemental de leur investissement aussi bien qu’avec des investisseurs dont les activités financières sont déjà alignées avec les Objectifs du Développement Durable.

Département “Entreprise Durable” : http://www.ilo.org/empent/units/lang–fr/index.htm

Centre du Commerce International (CCI)

Le CCI est une agence de Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce qui dispose de nombreux programmes soutenant le développement durable. L’initiative “Ethical Fashion” connecte les artisans marginalisés des pays en développement (une majorité d’entre eux sont des femmes) à des maisons de mode. Ces artisans ont ainsi une chance d’augmenter leurs revenus et d’intégrer des chaînes de valeurs globales. L’initiative soutient également avec une génération de talents en Afrique pour les encourager à développer leurs marques et à collaborer avec des artisans en Afrique. Le programme « Trade for Sustainable Development » est un partenariat soutenant les entreprises à mieux gérer leur conversion vers la durabilité en informant et éduquant sur les initiatives durables et favorisant les réseaux inter-entreprises. T4SD est la plateforme d’ICT intégrant ces outils. L’initiative « SheTrades” fournit aux femmes entrepreneurs un réseau unique leur permettant d’augmenter la visibilité de leur activité et de mieux intégrer certains marchés.

Ethical fashion: http://www.intracen.org/itc/projects/ethical-fashion/

T4SD: https://stage.sustainabilitymap.org/dashboard

She Trade: http://www.shetrades.com/

Conférences des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED)

La section «entreprise» de la CNUCED possède également son réseau propre d’entrepreneurs à travers son programme « Empretec » qui vise au développement des compétences entrepreneuriales. Le réseau Empretec est composé de 40 centres actifs dans la formation pour entrepreneurs. Ces centres ne sont pas tous structurés de la même manière, mais sont en contact direct avec des entrepreneurs ayant intégré, à des degrés divers, des éléments de durabilité. Le « Women in Business Award » et le « Start up for SDGs » sont des évènements organisés biannuellement et annuellement récompensant les femmes entrepreneurs et les startups dont l’activité répond à un défi du développement durable. La section «entreprise» de la CNUCED rentre également en contact direct avec des entrepreneurs lors de l’organisation d’ateliers de formulation des politiques entrepreneuriales. Les startups et petites entreprises sont des parties prenantes essentielles au processus de développement d’une politique.

Empretec: http://empretec.unctad.org/

EPF:http://unctad.org/en/Pages/DIAE/Entrepreneurship/Entrepreneurship-Policy-Framework-andImplementation-Guidance.aspx

GAVI – the Vaccine Alliance

Le programme INFUSE de GAVI a pour objectif de mettre à jour les systèmes d’approvisionnement des vaccins dans les pays en développement. Les nouvelles solutions en la matière viennent souvent du secteur privé, mais ces entreprises ont de la peine à se développer. Le programme INFUSE sélectionne, sur la base d’un appel, des technologies et approches innovantes qui ont le potentiel d’améliorer l’approvisionnement de vaccins. Les entreprises sélectionnées collaborent avec la communauté INFUSE pour améliorer et intégrer ces nouveaux modèles et technologies. Un atelier annuel est organisé pendant lequel les participants ont l’occasion de présenter leurs innovations à un panel qui choisit les entreprises les plus innovantes et qui feront partie du réseau de « Gavi – Vaccine alliance » et auront ainsi l’opportunité de se développer.
INFUSE : http://www.gavi.org/infuse/

Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH)

Le Haut-Commissariat a pour mandat de diriger le programme relatif aux entreprises et aux droits de l’homme au sein du système des Nations Unies et, en collaboration avec le groupe de travail sur les droits de l’homme et les entreprises, d’élaborer des directives et des formations. Cela signifie fournir des conseils et soutenir le renforcement des capacités des entreprises en matière de respect des droits de l’homme pour tous les acteurs au niveau national. Le groupe de travail organise également le Forum sur les Entreprises et les Droits de l’Homme, à Genève, qui est le plus grand rassemblement mondial sur ce thème. http://www.ohchr.org/EN/Issues/Business/Pages/BusinessIndex.aspx

Haut-Commissariat pour les Réfugiés

Par l’intermédiaire de ses partenaires, le HCR aide les réfugiés à acquérir une formation en matière d’entrepreneuriat, en les dotant des compétences essentielles telles que le développement de plans d’affaires, la gestion financière, la tarification et la commercialisation. HCR travaille avec des institutions de microfinance et des banques, ainsi qu’avec un certain nombre d’agences de développement spécialisées et d’investisseurs d’impact, pour promouvoir et faciliter l’accès à une gamme de services financiers pour les réfugiés. Des subventions de démarrage sont prévues lorsque l’accès aux prêts et autres services financiers est limité. Les subventions sont accordées en fonction de la viabilité du plan d’affaire élaboré par les réfugiés. L’accès à des services de crédit abordables est essentiel pour que les réfugiés puissent démarrer, construire et développer des entreprises, répondre aux besoins des ménages et être plus résilients aux situations d’urgence. http://www.unhcr.org/small-and-micro-enterprises.html

Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI)

La division du soutien aux PME et à l’entrepreneuriat est le point de référence central au sein de l’OMPI pour les questions de propriété intellectuelle liées aux PME. La division est chargée de développer une plate-forme de contenu pour les PME afin de guider les activités de formation et de renforcement des capacités destinées aux institutions de soutien et autres intermédiaires. Les activités de la Division sont les suivantes : • Développer du contenu adapté aux besoins des PME et identifier les bonnes pratiques dans l’utilisation du système de propriété intellectuelle. • Explorer les opportunités de collaboration avec d’autres organisations sur le base de programmes dédiés aux PME. • Aider les universités et les instituts de recherche à transférer de nouvelles technologies à des entreprises capables de commercialisation. http://www.wipo.int/about-wipo/en/activities_by_unit/index.jsp?id=118

Union internationale des télécommunications (UIT)

L’UIT s’est engagée à devenir une plate-forme contribuant à l’intensification de l’innovation et à la création d’un environnement favorable aux PME. Par conséquent, l’organisation travaille activement à développer des initiatives qui aident à créer des synergies dans l’entrepreneuriat des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Ces initiatives sont les suivantes :

• ITU Telecom World est une plate-forme mondiale permettant aux gouvernements, aux entreprises et aux petites et moyennes entreprises (PME) d’accélérer l’innovation dans le domaine des TIC pour la croissance économique et le bien social. Le ITU Telecom World Award reconnaît les petites et moyennes entreprises basées sur les TIC les plus innovantes et les plus performantes qui exposent à ITU Telecom World et qui s’efforcent d’avoir un impact social concrêt.

• PME Tech et soutien au startup qui recueille les meilleures pratiques concernant les initiatives en faveur des MPME et des entreprises en démarrage technologique.

• Partenariat EMERGE est un réseau de partenaires aidant les entrepreneurs sociaux axés sur les TIC à se connecter aux opportunités d’économie d’échelle. Le partenariat fonctionne d’une part avec des réseaux établis d’entrepreneurs sociaux et d’autre part, avec des acteurs du secteur public/privé, pour assurer une fonction de jumelage, de mentorat et d’échange d’opportunités.
https://www.itu.int/en/action/entrepreneurship/Pages/default.aspx

Conclusion

La liste ci-dessous ne contient pas deux Organisations Internationales majeures : Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), ainsi que l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM), qui sont deux organisations structurées de manière très décentralisées et sur la base de projet avec une présence étendue sur le terrain. Ces deux organisations sont en contact permanent avec de multiples start-up et PME, mais ces informations ne sont pas compilées et remontent donc difficilement jusqu’au bureau central, basé à New York pour le PNUD et à Genève pour l’OIM. Néanmoins, le potentiel informatif de ces deux organisations est considérable, bien que plus difficilement accessible. De même, le Comité International de Croix-Rouge n’est pas mentionné, car les activités du CICR en matière humanitaire ne semblent pas s’étendre vers le développement durable du secteur privé dans leur pays d’intervention. Les Organisations NonGouvernementales (ONG) basées à Genève ne sont également pas mentionnées, bien qu’ayant des programmes et un réseau intéressant pour les acteurs de la finance durable.

Le résumé ci-dessus donne un aperçu sommaire des programmes et initiatives émanant des OI basées à Genève et ayant un accès direct avec le secteur privé dans les pays en voie de développement essentiellement. Qui plus est, la majorité de ces programmes cible les micros, petites et moyennes entreprises. Toutes ne sont pas nécessairement « durable », même au sens large du terme. Néanmoins, les programmes de toutes les OI mentionnées auparavant s’efforcent de s’aligner sur l’agenda des ODD, ce qui les place sur le devant de la scène du processus de transformation du secteur privé. En effet, nombre d’entreprises nouvelles ou existantes modifient leur modèle d’affaire pour intégrer des préoccupations environnementales et/ou sociales. Par ailleurs les produits et services de certaines entreprises sont basés sur la résolution des défis environnementaux et sociaux, que ce soit dans l’agriculture urbaine de proximité, le gaspillage, la production d’énergie renouvelable, la distribution de médicaments en zone rurale et inaccessible. De plus, ces entreprises ne sont pas des multinationales. Ce sont des startups ou des PME. Les OI ont donc accès à cette partie « cachée » du secteur privé des pays en développement qui pourrait être utile au secteur de la finance durable. Le tableau ci-dessous résume les secteurs d’activités et le type d’entreprise en contact avec les OI basées à Genève. Il s’agit sur cette base d’analyser quels sont les acteurs de la finance durable pour qui ce type d’information est utile.

Organisations Internationales basées à Genève en lien direct avec le secteur privé des pays en développement

OI

Programmes

Secteur

Taille des Entr.

OCHA

Connecting Business

Initiative

Humanitaire

Moyenne/large

OIT

Entreprises durable

Développement économique

Secteur informel, micro-

business et PME

CCI

Ethical Fasion, T4SD, SheTrade

Développement économique (commerce, chaînes de valeur)

Secteur informel, micro- business et PME

CNUCED

Empretec

Développement économique

(entrepreneuriat)

Secteur informel, micro-

business et PME

GAVI

INFUSE

Santé

micro-business et PME

HCDH

Entreprise et droit de l’homme

Droit de l’homme

Moyenne/large

HCR

PME

Humanitaire

Secteur informel, micro-

business et PME

OMPI

Soutien aux PMEs

Développement économique

(propriété intellectuelle)

micro-business et PME

ITU

Entrepreneuriat

Développement économique (ICT)

micro-business et PME

 

Les institutions de la finance durable en Suisse

Identifier les institutions financières du secteur de la finance durable qui bénéficieraient le plus d’une base de données émanant des activités des OI en liens avec les entrepreneurs durable des pays en développement requiert au préalable un effort de catégorisation des firmes actives dans le secteur de la finance durable. Cela renvoie forcément au problème de la définition de la « finance durable ». Le document des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP) définit un système financier durable en partant des besoins du développement durable. “Sustainable development requires changes in the deployment and relative value of financial assets and their relationship to the creation, stewardship and productivity of real wealth. A sustainable financial system is, therefore, one that creates, values, and transacts financial assets, in ways that shape real wealth to serve the long-term needs of an inclusive, environmentally sustainable economy.” 1

Cette définition aligne la finance durable sur les besoins de l’économie durable, mais ne nous permet guère d’identifier les approches et acteurs de l’industrie de la finance durable en tant que tel. Il est alors possible de définir la finance durable plus étroitement et en se référant aux activités cherchant à intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (approche ESG) dans le secteur de la finance. C’est la définition sur laquelle se sont basés Knoepfel I. et Imbert D. pour une cartographier la finance durable en Suisse et sur laquelle s’appuie ce rapport. Les types d’acteurs identifiés depuis 2013 n’ont guère changé, même si leur nombre a très certainement augmenté. Nous pourrons alors mettre en lien le type d’information avec le type d’activité et évaluer l’utilité des réseaux des OI pour le développement de la finance durable genevoise. Cette étude récence quelques 220 organisations individuelles actives en Suisse. Le tableau ci-dessous en donne un aperçu.

Réparations des acteurs principaux de la finance durable en Suisse (source : Knoepfel I. et Imbert D. 2013)

Type d’institutions

Nombre

Gestion de fortune

73

Générale

32

Investissements alternatifs

23

Finance d’impact

18

Fonds de pension

60

Philanthropie et fondations

34

Consulting

21

Banques

19

Recherche en finance

10

Organisations gouvernementales

10

Académique

8

Recherche appliquée et think tanks

8

Assurance

6

2 Knoepfel, I., Imbert, D. (2013) Mapping Sustainable Finance in Switzerland, OnValues.1 UNEP Inquiry into the Design of a Sustainable Financial System (2015). The Financial System We Need, United Nations Environment Programme, p13

Cette répartition permet d’effectuer un premier tri et de constater que le type d’information dont les OI de Genève disposent sera inutile aux fonds de pension, à la gestion de fortune générale, aux banques et aux assurances. En effet, le volume d’investissement de ces institutions n’est pas approprié pour le niveau de maturation des start-up et PME des pays en développement. Ce sont les institutions marquées en rouge dans le tableau précédent. Qui plus est, les régulations en vigueur pour les fonds de pension, les banques et assurances ainsi que la culture « conservatrice » qui semble influencer la gestion de fortune traditionelle ne rendent pas une base de données d’entrepreneurs durables des pays en développement très utile. En revanche, un regroupement et une classification de ces données peut être précieux pour d’autres institutions (en bleu dans le tableau ci-dessus).

Rendre visible l’entrepreneuriat durable des pays en développement peut s’avérer utile pour la finance d’impact qui investit sur les marchés privés, c’est-à-dire, dans des entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. Il convient néanmoins de mentionner que le secteur de la microfinance, que l’on classe généralement comme faisant partie de la finance d’impact, n’a peut-être pas besoin de ce genre d’information. La microfinance helvétique est en effet assez mature et n’investit pas, au demeurant, directement dans les entreprises même, mais plutôt dans les intermédiaires financiers des pays en question qui eux finance l’entrepreneuriat local. Le capital-risque durable et les fonds d’investissement alternatifs, ainsi que la philanthropie et les fondations pourront toutefois considérer une telle base de données comme un outil de travail potentiel.

Les entretiens menés avec quelques représentant du secteur de la finance durable genevoise nous apprend que cette information, si bien détaillée qu’elle puisse être, ne sera pas suffisante à elle seule pour déboucher sur de l’investissement durable, sans l’intermédiation quasi-obligatoire d’acteurs « en chair et en os ». Cette base de données ne pourra donc pas alimenter une plateforme d’investissement (de type crowdfunding). Les éléments à négocier pour rendre possible un investissement (horizon d’investissement, pourcentage de participation, phase de développement des entreprises, participation des actionnaires dans la gouvernance d’entreprise) sont trop nombreux et complexes pour qu’une base de données, si fournie et détaillée fut-elle, puisse nourrir une plateforme d’intermédiation « digitale ». De même, des analyses de durabilité alignées sur l’approche ESG par exemple ne seront pas possible uniquement sur la base des informations des OI.

L’objectif n’est donc pas de rendre cette base de données prête à l’investissement, mais plutôt de rendre visible l’entrepreneuriat durable des pays en développement. Une visibilité accrue de l’entrepreneuriat durable, loin d’être inutile, permettra aussi de mieux structurer l’industrie de la finance durable. La manière dont s’est développé la microfinance sur la base du MIX Market est un cas d’école. MIX Market (Microfinance Information Exchange) regroupe les performances financières, opérationnelles et sociales des Institutions de Microfinance, mais également, depuis 2016, celles d’autres institutions financières du segment de l’industrie financière inclusive (finance rurale et agricole, banques de PME, services financiers digitaux). Cette information a permis à l’industrie de la microfinance de se former et de tisser des liens plus étroits avec la finance traditionnelle.

Une visibilité accrue de l’entrepreneuriat durable, à travers une plateforme d’information similaire à celle qu’a établi MIX Market, peut remplir cette fonction de « structuration » du marché de la finance durable. De ce point de vue, cette information peut donc être également utilisée par toutes les institutions non-financière de la finance durable (en vert dans le tableau ci-dessus). Elle peut s’avérer de grande valeur ajoutée pour la recherche appliquée et universitaire, l’industrie du consulting et les organisations gouvernementales, en fournissant des cas d’étude et des données quantitatives sur l’entrepreneuriat durable, ce qui comblerait une lacune considérable qui pour l’instant est considérée comme une entrave à l’accomplissement des ODD.

 

philippe // 28.05.2018

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