Fonds d’impact : L’assainissement en République démocratique du Congo avec l’expertise des agriculteurs suisses

1 Introduction

Les Etats ayant de moins en moins les moyens d’accompagner les projets à vocation sociale, les acteurs associatifs et sociaux doivent chercher les financements auprès du secteur privé en utilisant ces nouvelles sources de financement. Les méthodes modernes de philanthropie apportent certaines réponses à ces financements par des dons et des subventions dans le cadre de l’entreprenariat social et des ventures philanthropiques. Selon le nouveau modèle d’investissement socialement responsable (ISR), les fonds ISR permettent également de « satisfaire aux besoins et valeurs des clients tout en finançant la création de valeur sociétale durable dans un monde globalisé aux enjeux sociétaux et environnementaux de plus en plus interconnectés. » Les investissements dans ces fonds ISR sont recherchés par les investisseurs visant un profit élevé tout en privilégiant des entreprises qui répondent à un besoin social et/ou environnemental. Dans les fonds d’impact investing, l’accent de l’investissement est mis sur le changement social et/ou environnemental avec un retour financier modéré. C’est cette dernière logique qui nous semble la plus pertinente à analyser pour financer des projets apportant une réelle réponse sociale à des problématiques reconnues dans les objectifs de développement durable des Nations Unies. L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’Homme reconnu depuis 2010. Partant du constat des Nations Unies qu’une hausse majeure des investissements dans l’Objectif 6 « Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durables des ressources en eau » est nécessaire pour garantir les cibles en matière d’objectifs durables (ODD), nous avons souhaité analyser la situation actuelle en matière de projets d’assainissement afin de proposer la création d’un fonds d’impact consacré à cet ODD sur le continent africain. Un tiers de l’humanité n’a pas accès à un assainissement de base. Les financements manquent et la campagne Parlons toilettes de la Coalition Eau rappelle les enjeux d’un sujet tabou1.

2 Enjeux socio-économiques

2.1 Enjeux de l’assainissement en Afrique
En Afrique, le manque de toilettes plombe la croissance selon une étude de la Banque mondiale qui met en relief les coûts méconnus liés à l’absence ou la défaillance des infrastructures d’assainissement. Ces coûts représentent entre 1 à 2,5% du PIB selon les pays. L’absence d’infrastructures d’assainissement coûte près de 5,5 milliards de dollars par an. Les impacts économiques liés à l’absence ou la défaillance de système d’assainissement sont lourds: la majorité de ces coûts est liée aux morts prématurées, y compris d’enfants âgés de moins de cinq ans, causées par les maladies diarrhéiques. Près de 90% de ces morts sont directement imputables à la mauvaise qualité de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène. La défécation en plein air coûte plus par personne que tout autre problème d’assainissement. En effet seul 45% des écoles sont équipées de toilettes dans les pays les moins avancés et autres pays à bas revenus. Les maladies liées au manque d’assainissement entrainent non seulement un fort absentéisme scolaire mais sont également la 2e cause de mortalité infantile avec environ 1000 enfants chaque jour selon l’OMS (2017). 1 femme sur 3 dans le monde risque des attaques parce qu’elle n’a pas d’endroit sûr pour aller aux toilettes. Ainsi chaque dollar investi dans l’amélioration de l’accès à l’assainissement rapporterait 5,5 dollars. Et le traitement des eaux usées aura un impact direct sur l’environnement par une diminution de la pollution des cours d’eau, des nappes phréatiques et des sols. Selon la FAO, 95% de notre nourriture provient directement ou indirectement de la terre. La dégradation des sols est une préoccupation écologique dont les conséquences sont ressenties le plus fortement par les populations pauvres des pays en voie de développement. Les terres cultivables sont en diminution à un rythme d’environ 5 à 10 millions d’ha par an. En plus, les effets des pesticides sur l’environnement sont nombreux. 60 % des sols sont fortement dégradés et mettent en péril la biodiversité de la planète déclarait la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), près de 6 milliards d’humains manqueront d’eau en 2050.

2.2 Enjeux de l’agriculture en Suisse
En décembre 2017, l’ONU a adopté une résolution entièrement consacrée à l’eau afin d’appeler les gouvernements, les partenaires privés et publics ainsi que la société civile à agir ensemble pour protéger l’eau et ses écosystèmes. Elle y rappelle aussi l’importance d’une action groupée et à long terme. En Europe et notamment en Suisse, face au réchauffement climatique, plusieurs voix se lèvent pour clamer la réinvention de l’agriculture et les paysans se suicident de plus en plus. D’après les statistiques les plus récentes de Santé Publique France, publiées en 2016, 985 exploitants agricoles se sont donné la mort de 2007 à 2011 — un taux de suicide supérieur de 22 % à la moyenne nationale. Ce nombre est en augmentation mais semble encore sous-évalué, d’après les chercheurs. En Suisse la bureaucratie constitue une menace pour les paysans. Rien que dans le canton de Vaud, huit agriculteurs se sont suicidés en 2016, soit deux fois plus que l’année précédente. Les paysans suisses sont submergés par des pressions multiples. Ils doivent en effet respecter près de 1300 règlements de la Confédération et les paiements directs ne suffisent plus à leur assurer un train de vie décent. Si les versements de la Confédération ont atteint 2,8 milliards de francs, les paysans ne gagnent en moyenne que 44’000 francs par an. Face à cette situation qui ne cesse de se complexifier, Economiesuisse conseille aux apprentis paysans de «faire autre chose» plutôt que de se lancer dans un apprentissage d’agriculteur particulièrement difficile.

2.3 Le défi de l’assainissement : transformer les excréments en richesse
Une transmission des connaissances s’avère indispensable entre ces deux mondes qui font face à des situations parfois contradictoires : d’une part les pays qui détiennent un énorme savoir-faire et ne cessent de sombrer dans des difficultés qui enferment leurs ressortissants dans des burnout voir provoquent des suicides qu’on arrive pas à juguler, et d’autre part, le continent africain qui ne sait comment résoudre l’équation du manque des toilettes, se procurer une énergie durable voire se nourrir ou même s’approvisionner en engrais durable pour son agriculture sans produits chimiques afin de ne pas reproduire les erreurs qui impactent aujourd’hui notre planète. Plusieurs études attestent que durant plus de 4000 ans en Chine, Corée et Japon, les excréments humains furent considérés comme des produits à haute valeur commerciale. Les déjections de la population y étaient alors transportées en barques, sur des canaux spécialement réservés à cet usage. Grâce à l’utilisation de ces matières pour fertiliser leurs champs, l’Asie a réussi à nourrir de larges populations pendant tout ce temps, tout en préservant les ressources en eau potable. Dans beaucoup de pays, l’absence de gestion et de traitement des matières fécales est un enjeu sanitaire majeur. Selon Chelsea Wald dans Nature, 2,3 milliards de personnes n’ont pas accès à des égouts et 892 millions recourent à la défécation en plein air. Et la pratique pourrait s’étendre à 5 milliards de personnes à l’horizon 2030. En Afrique subsaharienne, il est plus courant de posséder un téléphone portable qu’un accès à des toilettes garantissant une bonne sécurité hygiénique. On estime que 375 000 tonnes de matières fécales sont directement déposées chaque jour dans la nature. En Afrique, les services publics nécessaires pour gérer les déchets coûtent souvent trop cher pour les Etats aux finances limitées. D’où l’intérêt de reconsidérer les excréments, non plus comme un déchet et un coût mais comme une ressource et un investissement. La production et l’élimination des déchets urbains deviennent problématiques en raison de l’essor de l’urbanisation et de la croissance démographique. La formation d’un biogaz riche en méthane, utilisable comme source d’énergie, pourrait être une solution vitale aux problèmes de gestion des déchets.

3 Projets d’investissement existants en assainissement

3.1 Exemples suisses d’investissement dans le biogaz agricole
La rentabilité financière du biogaz reste tout à fait intéressante à l’échelle d’une exploitation agricole, assure Yvan Roulin, responsable de l’antenne romande d’Ökostrom Schweiz, la coopérative qui promeut depuis une dizaine d’années le biogaz agricole en Suisse. «La preuve, nombre de méthaniseurs doublent leur capacité de production au bout de quelques années d’activité.»

3.1.1 Rances (VD) Un projet commun à l’agriculture et au maraîchage En Suisse romande, une installation de biogaz agricole a été mise en route au mois de juillet 2016 à Rances (VD) et a pu fournir en quelques semaines ses premiers kilowatts d’électricité grâce à des substrats d’une dizaine d’exploitations dans un rayon de 15km autour de Rances. Les agriculteurs et maraichers réunis en SA pour le projet de méthaniseur injectent ainsi de l’électricité dans le réseau local, chauffent des serres avec la chaleur récupérée et utilisent les digestats (résidus de la méthanisation) comme engrais, tout en faisant rouler leurs tracteurs au biodiesel.

3.1.2 Ferpicloz (FR) Des engrais de ferme pour chauffer la fromagerie Issue de la collaboration entre agriculteurs et partenaires extérieurs et mise en service il y a quatre ans, l’installation de biogaz de Ferpicloz a été conçue entre autres pour valoriser la chaleur dans la fromagerie attenante. Avec 45 tonnes de matière liquide et 12 tonnes de matière solide, deux millions de kilowattheures d’électricité y sont générés, et surtout de la chaleur est rapatriée à la fromagerie pour monter tous les matins les cuves en température pour la fabrication du gruyère AOP. Depuis quatre ans qu’elle fonctionne, l’installation biogaz de la SA Agrogaz Haute-Sarine donne entière satisfaction à ses actionnaires et a amélioré la logistique de près d’une soixantaine d’agriculteurs situés dans un périmètre de 4,5 km : «C’est l’avantage du biogaz. Outre la rentabilité financière, elle améliore véritablement la problématique de la gestion des engrais de ferme, à savoir le stockage le transport et l’épandage.».

3.2 Exemples d’investissements dans l’assainissement en Afrique
Valoriser les excréments humains constitue un double bénéfice puisqu’en même temps il est possible de régler un problème majeur de salubrité publique et de recycler les matières fécales très nocives lorsqu’elles se déversent dans l’environnement. La Banque Africaine de Développement (BAD) contribue ainsi au développement économique et au progrès social des pays africains par l’allocation de ressources à l’investissement dans l’assainissement. La Fondation LGT investit au Kenya et dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne dans l’assainissement entre autres à travers des prêts et du capital-actions surtout. Safisana, une entreprise sociale néerlandaise, a créé un projet pilote d’entreprise sociale à Ashaiman au Ghana pour recycler les excréments en électricité, biogaz et engrais. L’usine de traitement est exploitée localement avec le financement des investissements par des fonds de la BAD et des fonds de coopération néerlandais. Après l’investissement de départ, son modèle d’affaires est basé sur la revente des produits issus du traitement.

3.3 Pourquoi investir dans l’assainissement en République démocratique du Congo ?
Couvrant une superficie de 155,5 millions d’hectares, la forêt de la République Démocratique du Congo (RDC) représente près de 62% du territoire national, 60% des forêts du Bassin du Congo, 50% des forêts denses d’Afrique et 10% des réserves forestières tropicales du monde. Deuxième forêt tropicale au monde après l’Amazonie, la forêt de la RDC constitue en outre par son étendue et sa riche diversité biologique un potentiel économique, social, culturel et écologique énorme. À cet égard, sa conservation est une priorité à l’échelle nationale d’abord et internationale ensuite car elle joue un rôle majeur dans la séquestration des gaz à effet de serre, en stockant plus de 8 pour cent du carbone mondial, ce qui en fait le quatrième plus grand réservoir de carbone forestier du monde. Elle possède également une exceptionnelle valeur écologique avec 415 espèces de mammifères, 11 000 espèces de plantes, 1 117 d’oiseaux et près de 1 000 de poissons d’eau. Eléphants de forêt, gorilles, bonobos et okapis sont parmi les espèces les plus emblématiques de cette extraordinaire biodiversité. Selon le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL), seulement 15% de la population congolaise a accès à l’électricité mais avec délestage et les 85% autres sont dans le noir total depuis la colonisation. Pour se nourrir, la population doit recourir à l’abattage des arbres ce qui préoccupe l’ONG britannique Greenpeace. En outre, la « défécation à l’air libre est une pratique très courante dans ce pays. On part dans la brousse, quelque part derrière un mur, ainsi de suite… En terme sanitaire, c’est un vecteur de maladie, le choléra », explique Franck Abeille, chef de section Eau, Hygiène et Assainissement de l’Unicef. « Même une petite pluie suffit à inonder la dalle et les toilettes débordent. L’eau rentre jusque dans les maisons et ça peut durer une semaine comme ça. Ensuite on voit apparaître de petits insectes dans le tas de déchets et les enfants tombent malades. » Le Conseil de concertation pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement (WSSCC) un fonds basé à Genève, hébergé par le bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS) soutient des projets dans près de 20 pays en Afrique subsaharienne et en Asie, entre autres financés par la coopération Suisse. Pour ce Conseil, «Construire des latrines n’est pas plus cher qu’un téléphone portable». Les calculs de la Banque mondiale indiquent également qu’un dollar investi dans des toilettes en rapporte directement cinq en économie de soins de santé à la famille qui les a construites, et le double à l’économie nationale. Selon l’ONU, quelque 272 millions de jours de classe sont manqués par des enfants dans le monde en raison de maladies liées à cette problématique.

4 Projets potentiels à financer dans le cadre du fonds d’impact

4.1 Entreprises sociales dans l’innovation de l’assainissement
Le fonds d’impact se concentrerait sur le financement d’entreprises visant la mise en œuvre de sanitaires avec le recours à des biodigesteurs pour la transformation des matières fécales en biogaz et engrais. 
Déployer ainsi des sanitaires permettrait de collecter les excréments humains pour ensuite les valoriser en engrais bio et en biogaz, en sachant que 1 m3 de biogaz peut :

• Allumer une ampoule pendant 6h de 60-100 Watt

• Cuire 3 plats pour une famille de 5-6 personnes

• 7 kg de pétrole • générer 1,25 kWh d’électricité

Les latrines pourraient ainsi être reliées à un fermenteur/bioréacteur où les bactéries produisent le biogaz en dégradant la matière organique des fèces. Le biogaz est ensuite récupéré et les restes pourraient être utilisés comme engrais. Des chercheurs de l’Université de Technologie de Nanyang à Singapour l’ont testé avec les toilettes No-Mix Vacuum, qui « séparent les matières avec d’un côté les urines traitées dont les nitrates, phosphates et potassium seront transformés en engrais et de l’autre, les matières fécales envoyées dans un bioréacteur afin de produire du méthane. Ces WC utilisent une technologie reposant sur une aspiration sous vide et n’ont besoin que de 0,2L d’eau pour aspirer l’urine et 1L pour les matières fécales au lieu de 4 à 6 L pour des WC conventionnels. » Ces concepts pourraient être réalisés sous la forme d’une entreprise sociale qui viserait la vente de ces engrais à des cultivateurs et de l’électricité pour faire tourner l’économie qu’on pourrait faire payer aux collectivités et ainsi permettre l’accès des toilettes propres et bien entretenues. Les transactions destinées aux cultivateurs et aux privés pourraient se faire très simplement par une application sur des téléphones portables. Des employés de ces toilettes seraient embauchés parmi la population locale appelée à vider les digesteurs et à collecter des tonnes d’excréments de manière quotidienne. Ceux-ci subissent ensuite une transformation dans une usine pour produire un engrais biologique mais également du biogaz. Tout l’intérêt de cet engrais biologique est son faible coût de production. De plus, ils n’induisent pas de pollutions des sols. Un marché porteur et en outre les agriculteurs vont recevoir une formation pour devenir producteurs d’énergie.

4.2 Partage des compétences des agriculteurs suisses et initiatives modèles
Nous pensons que la Suisse, considérée comme plaque tournante des matières premières africaines, aurait un rôle majeur à joueur en soutenant les initiatives de partage des compétences des agriculteurs Suisses vers ce continent, à l’instar des quelques initiatives timides et marginales comme celle de Jéthro, association neuchâteloise qui a comme concept de base de former les agriculteurs africains en encourageant le compostage, l’utilisation du fumier, le paillage, la rotation de culture, la récolte du foin et la création de réserves pour les animaux etc. En outre, l’Afrique qui fournit 75% du cacao mondial, mais ne gagne que 800 millions sur les 110 milliards de dollars générés chaque année par l’industrie chocolatière mondiale pourrait bien bénéficier de l’accompagnement des acteurs suisses comme la nouvelle plateforme ORFEVE. Lancée le 23 janvier 2018 à Genève, cette nouvelle plate-forme suisse du cacao durable est le fruit d’un partenariat public-privé réunissant 41 acteurs du cacao. Elle compte parmi ses membres la Confédération, des ONG, des Instituts de recherche, des acteurs de la distribution ainsi que les principaux producteurs et importateurs autour d’un objectif visant à ce que 80% de produits cacaoyers traités en Suisse en 2025 soient issus de l’agriculture durable. De telles initiatives devraient surtout s’inscrire dans un schéma d’économie circulaire afin d’encourager un meilleur encadrement des agriculteurs suisses vers leurs homologues africains dans le partage des compétences. Non seulement cette expertise suisse sera d’une grande aide dans la mise en œuvre des projets, mais cela donnerait un objectif à des agriculteurs aujourd’hui tellement en mal de reconnaissance que leur taux de suicide est l’un des plus élevés.

4.3 Partenaires dans les projets
Nous pourrions imaginer une collaboration avec une structure comme Antenna, une fondation suisse engagée dans la recherche scientifique et la diffusion de solutions technologiques, économiques et médicales pour répondre aux besoins essentiels des communautés les plus vulnérables. La Fondation Antenna forme un réseau de partenaires travaillant dans 30 pays pour apporter des biens et des services essentiels aux populations les plus démunies. Cette fondation est constamment à la recherche de nouvelles bonnes idées. Afin de répondre aux besoins des populations marginalisées des pays en voie de développement, la fondation Antenna met au point des solutions technologiques, sanitaires et commerciales en collaboration avec des universités, des organisations à but non lucratif et des entreprises privées. Ses solutions répondent aux besoins d’utilisateurs vivant au bas de la pyramide (BoP) et sont conçues et adaptées en fonction des contributions de ses partenaires sur le terrain. Elle développe et transfère des technologies abordables, efficaces, durables et simples. Ses produits sont développés en fonction des contextes locaux. Les technologies que la Fondation Antenna transfère sont testées sur place, adaptées aux besoins du consommateur et conçues pour être intuitives et abordables. De plus, Antenna teste des modèles commerciaux et apporte son soutien à des activités génératrices de revenus. Antenna s’associe à des entreprises, leurs services de responsabilité sociale et leurs fondations afin de croître plus rapidement et de rendre ses produits plus abordables et accessibles. Antenna travaille en outre avec des organisations internationales et des ONG locales afin de maximiser les réseaux, les ressources et les résultats. Les instances gouvernementales constituent des partenaires indispensables lors de campagnes de sensibilisation et de diffusion conduites à travers des institutions publiques (écoles, hôpitaux, etc.).

5 Le fonds d’impact

5.1 Objectifs de l’investissement
Les objectifs sociaux et/ou environnementaux de l’investissement proposé doivent être clairement définis et communiqués. Dans notre cas, l’impact social principal visé sera la réduction des risques de santé par la réalisation de projets en faveur de l’assainissement, et de sanitaires en particulier. L’impact environnemental de ces mesures d’assainissement créera des bénéfices supplémentaires au niveau de l’accès à l’eau potable, de la meilleure gestion des ressources en eau et de la réduction des pollutions des sols.

5.2 Impact et valeur ajoutée
L’impact visé étant l’amélioration des conditions de santé à travers la mise en place de toilettes et d’autres mesures d’assainissement, il est important de veiller à choisir les projets les plus pertinents avec les objectifs qui permettent de réaliser une vraie politique de développement de l’assainissement. L’impact économique de l’assainissement également sera une forte valeur ajoutée de ces mesures et devra être garanti par la mise en œuvre des projets à l’échelle locale avec les circuits les plus courts de la collecte des excréments à leur traitement et à la valorisation des produits générés. Pour cela l’accompagnement offert par les agriculteurs suisses devra se faire avec la collaboration d’une équipe spécialisée locale choisie avec les garanties d’indépendance et de crédibilité requises.

5.3 Type de fonds d’impact
Les financements offerts aux entreprises se feraient sous forme de fonds propres entre 10 000 EUR et 100 000 EUR. Les entreprises devraient répondre aux critères minimum suivants :

• Être implantés localement et gérés localement en RDC

• Exercer leurs activités économiques dans le secteur de l’assainissement, avec une priorité aux installations sanitaires et équipements de biodigesteurs

• Démontrer des perspectives d’impact social et environnemental durables tout en créant de la valeur économique

• Mettre en œuvre des modèles de suivi de leurs impacts

Les montants de transaction pourraient varier entre 500 EUR et 100 000 EUR afin de permettre un accès à des investisseurs privés en recherche de solutions d’investissement à impact social et environnemental.

5.4 Mesure de l’impact
Le défi réel consiste à mesurer et contrôler les impacts des investissements réalisés en définissant au départ des indicateurs clés fiables et en assurant des contrôles réguliers. L’impact des projets doit être suivi de manière rigoureuse par les acteurs locaux sur le terrain en collaboration avec les acteurs de développement internationaux et nationaux dans la région concernée. Seules des données fiables régulières pourront garantir le succès des projets et fidéliser les investisseurs. A ce titre une collaboration avec les écoles pourrait être mise en place pour standardiser les instruments de mesure d’impact. Il convient toutefois de créer des systèmes métriques souples pour éviter des contraintes de coûts tout en garantissant la comparabilité des critères entre les différents projets.

5.5 Valorisation socio-économique des projets pour les investisseurs
La crédibilité du fonds d’impact devra être donnée par la mise en relation avec les agriculteurs suisses à la base de la formation sur les biodigesteurs et à travers les partenariats engagés.
En mettant à disposition des investisseurs une plateforme électronique d’échange d’informations, une communication régulière sur les projets devrait être engagée, gage d’un suivi efficace des projets financés. Un comité d’investissement devra réunir des experts du private equity et du développement social et économique en RDC afin de décider des dossiers de financement et des activités du fonds. La priorité doit être donnée à la minimisation des risques dans une optique à long terme plutôt qu’au rendement à court terme. La valorisation à la fois des compétences des agriculteurs suisses et des résultats des projets financés se fera par la mise en place d’outils de gestion de l’entreprise financée et de modèles souples de suivi des impacts.

5.6 Stratégie du produit et type d’investisseurs
Dans le cadre d’un fonds d’investissement d’impact, la durée d’investissement est nécessairement longue. La performance doit donc être calculée sur le long terme ou éventuellement le moyen terme. Les retours financiers devraient être variables selon les projets afin de permettre une diversité d’investisseurs avec leurs attentes diverses, mais toujours selon une stratégie à long terme. Les voies de sortie des actifs du fonds devraient être variées mais limitées pour préserver la stabilité des investissements. Une présentation détaillée des choix de gestion associé au fonds, des mesures d’accompagnement et de l’assistance technique par les experts suisses et locaux devrait convaincre les investisseurs de la validité des projets à financer. Afin d’offrir des garanties aux investisseurs concernant la viabilité et la gestion du fonds, il convient d’analyser la pertinence d’adhérer à des structures de transparence en matière d’investissements d’impact du type IRIS par le GIIN (Global Impact Investing Network), GIIRS ou BIA. Les outils mis en œuvre par ces réseaux et structures d’analyse qui sont en train de faire leurs preuves dans le domaine des investissements d’impacts permettront non seulement de garantir la viabilité des projets d’investissement dans le fonds d’impact mais aideront aussi à convaincre les investisseurs de la valeur de l’impact visé et du sérieux du fonds.

6 Conclusion

Sur le continent africain comme en Asie, l’assainissement est une problématique reconnue dont les solutions ont également une influence directe sur la qualité de l’eau dans les rivières et de l’eau potable. Les bénéfices que des investissements dans l’assainissement auront sur la santé et le développement humain sont substantiels et ces projets engendreraient des emplois et une inclusion des populations vivant dans les régions les plus reculées des pays africains. Si l’on résume les bénéfices supplémentaires des projets d’assainissement en ODD, les investissements dans les sanitaires proposés devraient convaincre par leurs impacts dans de nombreuses dimensions visées par les acteurs sur le terrain en RDC.
Selon l’ADNE (African Diaspora Network Europe), « L’Afrique doit au plus vite dépasser sa dépendance à l’aide. Pour cela il appartient aux autorités africaines de mettre en concurrence les partenaires économiques tout en veillant à ce que l’exportation de ses ressources naturelles serve à accroitre les recettes nationales pour garantir l’accès aux services publics de base et que les investissements permettent la création des emplois. » Contribuer par un tel fonds d’impact à mobiliser les Africains de la diaspora notamment pour responsabiliser les investissements en faveur du développement de la RDC tout en donnant de nouvelles sources de motivation aux agriculteurs suisses par un partage de leur expérience serait riche en impacts durables sur les deux continents.

 

Notes de bas de page dans l’ordre d’apparition

1 Coalition eau. 16.11.2014. Campagne Parlons toilettes. [https://www.youtube.com/watch?v=ThMZb3lPuR8]

Références
1. Nations Unies. 13.4.2017. Une hausse majeure des investissements dans l’eau et l’assainissement est nécessaire, selon l’ONU. [http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/2017/04/13/une-hausse-majeure-desinvestissements-dans-leau-et-lassainissement-est-necessaire-selon-lonu/] Consulté le 18.3.2018 2. Coalition eau. [http://www.coalition-eau.org/] Consulté le 18.3.2018 3. Terre Nature. 27.9.2016. Le biogaz agricole – un potentiel qui ne demande qu’à être exploité. [https://www.terrenature.ch/le-biogaz-agricole-un-potentiel-qui-ne-demande-qua-etre-exploite/] Consulté le 4.4.2018 4. Chelsea Wald. The New economy of excrement. Nature. 13.9.2017. [http://www.nature.com/news/the-neweconomy-of-excrement-1.22591?curator=TechREDEF] Consulté le 4.4.2018 5. Safisana, usine Ashaiman. [http://www.safisana.org/what-we-do/ashaiman-factory/] Consulté le 4.4.2018 6. Quoi dans mon assiette. 6.7.2017. Produire de l’énergie à partir des excréments humains : des fèces au biogaz ? [https://quoidansmonassiette.fr/produire-energie-partir-excrements-humains-feces-au-biogaz/] Consulté le 18.3.2018 7. PNUD. 2015. Investissement d’impact en Afrique : tendances, contraintes et opportunités. [http://www.undp.org/content/dam/undp/library/corporate/Partnerships/Private%20Sector/Impact%20Investm ent%20in%20Africa/FRENCH%20REPORT%20-%20%20SCREEN%20QUALITY.pdf] 8. Impact investing. [https://www.centre-francais-fondations.org/ressources-pratiques/gerer-ou-faire-vivre-unfonds-ou-une-fondation/gestion-patrimoniale/gestion-financiere/vers-de-nouveaux-modes-de-selection-desplacements/impact-investing] Consulté le 27.3.2018 9. Jethro. [https://jethro-suisse.org/] Consulté le 4.4.2018 10. Fondation Antenna. [https://www.antenna.ch/fr/] Consulté le 4.4.2018 11. ADNE. 2018. [http://www.africandiasporanetwork.eu/fr/publications/28-l-afrique-est-le-continent-de-lavenir.html] Consulté le 4.4.2018

c. mathias // 24.05.2018

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