L’avenir de la place financière suisse passe-t-il par la finance durable?

1  Introduction

La finance durable attire l’attention d’experts comme celle du grand public. Après avoir essuyé une crise financière de taille et si elle capitalise encore sur ses atouts financiers traditionnels, la finance suisse a devant elle un choix stratégique d’importance à l’heure où certains pays s’érigent déjà comme acteurs prépondérants de la finance durable.

L’association Sustainable Finance Geneva (SFG) place la finance durable au cœur de trois scénarios1 décrivant la place financière suisse de ces prochaines années. L’objectif de ce travail est en premier lieu d’évaluer lequel de ces scénarios semble le plus probable pour enfin se tourner vers les mesures concrètes envisagées afin de promouvoir la finance durable en Suisse.

2  Scénarios envisagés pour la finance durable en Suisse

2.2 Scénario 1 – Le Statu Quo

Parmi les scénarios envisagés, celui du Statu Quo suppose une valorisation des atouts classiques avancés par les marchés financiers suisses. Dans ce scénario, la Suisse ne se positionne pas comme un acteur prépondérant de la finance durable. Forte d’un savoir-­‐faire financier historique, la Suisse dispose en effet d’un bassin de compétences financières très étoffé, d’une densité élevée d’acteurs financiers en sa place ainsi que d’une réputation solide en termes de qualité de ses services ou encore de neutralité et de discrétion. Dans cette optique, la Suisse se maintiendrait comme acteur majeur d’un marché financier relativement traditionnel et peu orienté sur les aspects de durabilité.

La base légale suisse actuelle en matière de finance durable et de transparence des acteurs est pour l’heure relativement inexistante. Aussi un scénario d’évolution vers des pratiques plus durables semble-­‐t-­‐il -­‐ si ce n’est découragé -­‐ en tous cas peu encouragé par ce cadre légal relativement léger.

Pour autant, les périodes de crise financières ou encore l’érosion du secret bancaire ont marqué pour la Suisse une relative perte de vitesse internationale. Devant la montée en puissance de marchés financiers se profilant comme leaders de la finance durable (France, UK, Pays-­‐Bas…), il apparaît désormais crucial pour la Suisse de renouveler son expertise financière et de l’orienter vers une approche plus durable.

Le scénario du Statu Quo n’est pas celui retenu pour la suite de l’analyse. Celui-­‐ci semble en effet relativement peu souhaitable tant du point de vue de la place de la Suisse dans la finance mondiale qu’au vu des enjeux de durabilité auxquels l’humanité devra faire face durant le 21ème siècle.

2.2 Scénario 2 – Evolution

Le Scénario d’évolution de la place financière suisse envisage pour sa part qu’un tournant sera pris pour faire de la Suisse un acteur clé de la finance durable. Ce scénario implique une responsabilisation des milieux financiers, de leurs acteurs ainsi que des investissements en général. Il implique aussi la généralisation des Investissements Socio-­‐Responsables (ISR) qui deviennent non plus une tendance naissante, mais une norme établie. Ainsi verrait-­‐ on se concrétiser une conception positive de l’économie dans laquelle les investissements engendreraient des rendements économiques positifs tout en réalisant des bénéfices environnementaux et sociaux. Si la transition vers une finance durable suisse semble s’être amorcée, la nécessité d’une accélération de ce mouvement parait tant nécessaire que cruciale.

2.3 Scénario 3 – Rupture

Le 3ème scénario envisagé propose que la finance devienne peu à peu un des outils au service de l’économie durable.  Dans  ce  scénario,  les  incitations  aux  transactions  de  long-­‐terme  se  multiplient  et  les  transactions spéculatives de court-­‐terme se raréfient au profit d’un marché financier plus stable et pérenne. Les critères de développement durable font alors partie intégrante de la valorisation des entreprises et des investissements.

Les Accords de Paris, signés en 2015, induisent que des investissements annuels à hauteur de 180Mio d’euros seront nécessaires afin de rester dans la limite des 2° de réchauffement climatique. A l’échelle Suisse, le scénario 3 ferait de la place financière helvète l’un des outils prépondérants à la réussite de ces objectifs.

Si ce scénario de rupture nous apparait possible (et le plus souhaitable) à long terme, nous noterons toutefois qu’une telle rupture devra s’inscrire dans le temps tant il semble difficile d’accoucher d’un nouveau modèle financier à court terme. A l’heure actuelle, la majorité des grands acteurs de la finance suisse continuent d’envisager la finance durable comme une offre de niche ; lorsque des stratégies durables sont présentes, elles s’articulent bien souvent autours d’une offre mêlant produits financiers traditionnels à des produits plus orientés durabilité.2

C’est bel et bien une prise de conscience progressive de la part des acteurs ainsi que des incitations étatiques ou de marchés qui seront nécessaires à la totale mise en place d’un scénario 3. Aussi, la suite de notre analyse portera-­‐t-­‐ elle sur les éléments nécessaires à la réalisation du scénario 2 tablant sur l’évolution de la place financière suisse vers une orientation plus durable.

3 Mesures concrètes encourageant la finance durable

Les barrières les plus fréquemment évoquées à l’adoption généralisée de pratiques de finances durables relèvent entre autres d’aspects tels que la complexité du sujet, le manque de connaissances spécialisées par les acteurs du marché, des désaccords culturels ou générationnels, une politisation historique de la durabilité et des problématiques environnementales menant à des idées préconçues sur le sujet, un manque de standardisation des pratiques, ou encore un manque d’actions de la part du législateur. Chacune de ces raisons pourraient partiellement expliquer l’approche relativement lente adoptée par la Suisse en matière de finance durable. Il s’agira dans la suite de ce travail, de citer les mesures concrètes actuellement envisagées à l’échelle suisse et qui nous semble les plus réalistes et pertinentes dans la poursuite d’un scénario d’évolution voire de rupture.

Nous avons identifié pour la suite de l’analyse, trois moteurs clés d’une finance durable en Suisse : la demande accrue des individus et institutions pour des produits financiers durables, l’action étatique et le cadre législatif ou règlementaire et enfin le rôle prépondérant que les acteurs financiers suisses peuvent eux-­‐mêmes jouer.

3.1 Demande accrue pour produits financiers durables

Bien qu’il ne représente pas une « mesure » à proprement parler, l’un des premiers moteurs de la finance durable en Suisse semble tout simplement découler d’une demande de plus en plus importante de la part de clients souhaitant investir dans des produits financiers durables. En Suisse, l’intérêt croissant pour les thématiques environnementales et tout particulièrement les domaines liés à l’efficience énergétique ainsi qu’aux énergies renouvelables, constitue une impulsion certaine à ces comportements. Parmi la clientèle retail ou privée, les jeunes générations montrent un intérêt croissant pour ce genre de produits.3 Pour leur part, les clients institutionnels, et en particulier les fonds de pension, semblent peu à peu se tourner vers une tendance similaire.4

Pourtant, malgré l’intérêt croissant des investisseurs, l’investissement durable se traduit encore assez peu dans la pratique. De nombreuses barrières formelles ou informelles empêchent encore le marché financier suisse d’évoluer vers une place centrale de la finance durable : Nous nous proposons de diviser la suite de cette analyse en une partie consacrée aux mesures découlant de l’action étatique et liées au cadre législatif et règlementaire dans un premier temps ; pour ensuite aborder l’impulsion que pourrait donner l’industrie financière par le biais de ses propres acteurs.

3.2 Action étatique et cadre législatif ou règlementaire

En matière de finance durable, nous pensons que le rôle de l’Etat Suisse ainsi que de régulateurs tels que l’OFEV (Office Fédérale de l’Environnement) et le SECO (Secrétariat d’Etat à l’Economie) constitueront une des impulsions clés permettant au marché suisse de s’inscrire dans la dynamique d’un scénario 2 voire 3. A cet égard, et si la tradition régulatoire suisse est d’ordinaire plutôt réfractaire à l’idée d’une intervention active sur les marchés, il semble probable que la vague de régulations internationales – et en particulier européenne – vienne accélérer la cadence suisse.

Si le sujet de la durabilité n’apparaît encore pas dans les régulations financières suisses ou dans ses projets de réformes, la Suisse participe pourtant aux discussions du G20 sur la finance verte.5 De plus, il y a fort à parier que les récents travaux de synthèse publiés par le EU High Level Expert Group en matière de finance durable européenne donnent une impulsion concrète supplémentaire à la Suisse afin de s’aligner avec les huit recommandations qui y sont formulées.6 :

  1. Etablir et maintenir une taxonomie des sujets et investissements durables clarifiant les domaines dans lesquels l’investissement est le plus nécessaire. Cette taxonomie serait commune aux pays de l’UE.
  2. Clarifier les devoirs des investisseurs afin d’ancrer en eux une préférence pour le long-­‐terme et les investissements durables.
  3. Durcir les règles de publication en matière de Climate-­‐related Financial Disclosure afin d’augmenter la transparence des acteurs quant à leur position en matière de durabilité (via, notamment, l’usage des critères ESG).
  4. Créer les conditions cadres d’une durabilité retail en légiférant sur le conseil d’investissement, les eco-­‐labels et les standards ISR.
  5. Implémenter un standard et des labels de durabilité européenne, en commençant par les green
  6. Etablir une « Infrastructure Européenne Durable » : une organisation chapotant le développement de projets d’infrastructures durables à l’échelle européenne.
  7. Réviser les grands principes de gouvernance financière.
  8. Inclure la durabilité dans les mandats de supervision des ESAs (European Supervisory Authorities) et étendre l’horizon du risk

 

Voyons ci-­‐après quelques-­‐unes des interventions étatiques que nous considérons comme primordiales à la mise en place d’une finance durable en Suisse.

3.2.1        Reporting ESG

L’intégration de facteurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans les décisions d’investissements et de prêts nous semble être un élément fondateur d’une finance durable en Suisse. A l’image de certains pays Européens comme la France et afin d’encourager ce mouvement, la Suisse pourrait par exemple rendre obligatoire le reporting d’informations ESG par les entreprises cotées en bourse. Plus qu’un simple rapport, c’est bel et bien la publication de ces informations qui serait pour les investisseurs un gage de transparence leur permettant de prendre des décisions d’investissement averties en matière de durabilité. A terme, l’obligation et la standardisation d’un véritable reporting durable devrait être envisagé tout autant que l’est aujourd’hui le reporting financier classique. Hors, les critères suisses de reporting financiers ne portent à l’heure actuelle que sur des aspects de gouvernance liés notamment à des aspects de blanchiment d’argent ou de légalité des pratiques, en faisant fi des enjeux environnementaux et sociaux liés aux activités de l’entreprise.

Dans la même veine, il conviendrait de rendre obligatoire la publication d’informations ESG des institutions et intermédiaires financiers. L’Etat clarifierait ainsi les devoirs d’investisseurs tels que les fonds de pension, les compagnies d’assurance ou encore les asset managers d’une manière qui encourage un focus sur les questions de durabilité ainsi que sur un horizon d’investissement de long terme. Ces règles, régissant la manière dont ces institutions doivent prendre en compte les critères ESG dans leurs investissements, pourraient être inscrites dans les textes régulant la protection des investisseurs ou encore la gestion des fonds de pension. Enfin, la notion de devoir fiduciaire des fonds de pension pourrait aussi être révisée sous un éclairage ESG.

3.2.2        Taxation et subsides

Qu’elle soit de type punitive ou incitatoire, l’action de l’Etat en matière de politique publique visant à encourager le développement de la finance durable nous apparaît absolument cruciale.

A terme, une taxation accrue sur certains fonds d’investissements traditionnels et non-­‐durables pourrait être envisagée. Dans la même veine, les fonds de placement ISR pourraient être exemptés de taxe de timbre et/ou bénéficier d’incitations fiscales conséquentes. The Green Funds Scheme créé par l’Etat Hollandais propose par exemple des exemptions de taxes pour les transactions investissant dans des projets environnementalement durables.7

Une autre incitation intéressante consiste en la déclassification des investissements durables pour les fonds de pension et les investisseurs. A l’heure actuelle, ces fonds sont classifiés comme investissements alternatifs par les accords de Basel III, ce qui demande plus de capital régulatoire et décourage vraisemblablement ce genre d’investissements.8

3.2.3        Investissement public et green bonds

La mise en place de green bonds par les localités ou les cantons, comme ce fut récemment le cas à Genève constitue une impulsion clé à la transition vers une finance suisse plus durable. Outre le fait de proposer de nouveaux produits financiers verts, cette initiative lance un signal extrêmement positif tant aux investisseurs qu’aux institutions financières de la place. A l’instar de Londres et de sa London’s Green Finance Initiative, la Suisse pourrait tenter de se positionner sur le marché des green bonds. Notons toutefois qu’à l’heure actuelle, ces green bonds représentent une part infime de l’activité financière suisse. Aussi est-­‐il plus impactant d’envisager que des changements majeurs soient plutôt portés par les acteurs de gestion de fortune, marché fard de la Suisse. (cf. 3.3.2)

3.2.4        Standard et labellisation

Outre la création de green bonds, c’est bel et bien un positionnement de l’Etat quant à leur standardisation qui constituera une mesure concrète pouvant faciliter la généralisation de pratiques financières durables. Que ce soit par la standardisation ou par l’émission d’un label au niveau suisse, cette mesure permettrait le développement et la maximisation d’un marché des green bonds qui viendra lui-­‐même contribuer au développement d’objectifs environnementaux plus larges.

Dans un même ordre d’idée, la labellisation de fonds d’investissements verts, telle qu’opérée par exemple au Luxembourg par le biais de la Luxembourg Fund Labelling Agency9 et sur impulsion du gouvernement, permettrait de crédibiliser et de rendre aisément identifiable les fonds d’investissements ISR.

L’état actuel des produits financiers dits « durables » est source de confusion en ce que les produits dénommés comme  « socialement  responsable »  (ISR)  ou  ESG  le  sont  le  plus  souvent  de  manière  auto-­‐proclamée  ce  qui empêche une taxonomie claire, et réduit considérablement la transparence liée à ces investissements. La création de standards ou de labels portés par l’Etat pourrait palier à cet effet. Comme le suggère l’EU High Level Expert Group, ces labels et standards passeront nécessairement par la création préalable d’une taxonomie identifiant les activités et les segments de revenus permettant d’atteindre les objectifs clés fixés par les politiques publiques et les accords internationaux tels que ceux de Paris.10

Nous venons de passer en revue les mesures concrètes que les organes de régulation et de législation suisses pourraient implémenter de manière efficace dans la poursuite d’une transition vers un marché financier durable. Que ce soit par le biais de l’obligation de reporting ESG, d’une fiscalité plus étudiée, de l’investissement public via les green bonds ou encore de la création d’organes de standardisation ou de labellisation, ces mesures ont toutes en commun qu’elles permettraient d’offrir les conditions cadres pour développer un environnement favorable à la « durabilisation » de la finance Suisse. Pourtant, il y a fort à penser que l’impulsion clé à l’adoption d’une finance durable viendra bel et bien des acteurs de la finance suisse eux-­‐mêmes.

3.3 Impulsion de l’industrie financière suisse et de ses acteurs

3.3.1        Engagement de la part du milieu et des élites financières

Pour se développer en Suisse, la finance durable aura besoin d’un engagement crédible et d’un soutien urgent de la part des élites financières suisses tels que les boards ou comités exécutifs des institutions financières. Les associations dominantes du secteur financier suisse doivent quant à elles faire de l’établissement des conditions cadres de la finance durable un objectif prioritaire de leur agenda et l’une de leurs activités clés. A. Krauss et al. suggèrent que des efforts conjoints d’organismes tels que l’Association Suisse des Banquiers (ASB), l’Association de Banques Privées Suisses (ABPS), la Swiss Funds & Asset Management Association (SFAMA), ou encore la Swiss Association of Asset Managers (SAAM) se concrétisant en une Finantzplatzinitiative régissant les aspects de finance durable aurait un impact décisif sur l’avenir de la finance suisse.11 Selon les auteurs, une telle initiative est la condition clé pour que la Suisse puisse offrir une large offre de produits durables et se positionne enfin entant qu’acteur de la finance durable de premier rang. Pour l’heure, seules les initiatives portées par des pionniers tels que Sustainable Finance Geneva, le Sustainability Forum ou encore Swiss Sustainable Finance semblent impacter cette dynamique.

3.3.2        Le rôle de la banque privée et des investisseurs institutionnels

Le domaine de la banque privée et de la gestion de fortune représente la plus grande source de revenu du paysage bancaire suisse. En 2018, ces activités devraient représenter environ 50% de la totalité des revenus bruts liées au milieu bancaire. 12 L’importance du private banking sur notre territoire est due à la longue tradition suisse de gestion de fortune ainsi qu’au rôle important joué par la place suisse dans le marché global de gestion de patrimoine transfrontalier. A ce titre, nous souhaiterions partir du postulat qu’une évolution du marché financier suisse passera nécessairement par une impulsion de la part des acteurs du secteur de la banque privée et de la gestion de fortune. Le rôle des banques privées suisses pourrait être crucial en ce qu’elles ont le pouvoir d’incorporer les critères ESG dans les solutions financières qu’elles proposent à leurs clients.13 Elles ont aussi en leur main la possibilité d’inclure de manière systématique l’évaluation de risques ESG dans leur système et pratiques de gestion du risque.

Pour leur part, les investisseurs institutionnels suisses ont eux aussi un poids important sur le marché en comparaison européenne. Ceux-­‐ci sont en mesure d’exiger des informations extra-­‐financières de type ESG et peuvent ainsi se porter garant de l’évolution du marché suisse vers un modèle orienté finance durable.

3.3.3        Discussion conseillers-­‐clients et offre de produits

Qu’ils soient de nature retail ou private, il est à présent établi que de plus en plus d’investisseurs s’intéressent aux questions durables. Une étude menée par Natixis auprès de 7000 répondants indique que les questions environnementales et sociales sont importantes pour 70% des investisseurs retail.14 A l’heure actuelle, aucune législation sur le rôle des conseillers financiers ne statue en matière d’obligation de se renseigner sur les préférences des investisseurs en matière de durabilité. Ces préférences, pourtant présentes, demeurent souvent écartées des discussions conseiller-­‐client et se concrétisent relativement peu dans les décisions d’investissement. Pour qu’un changement de paradigme s’opère, il apparait crucial que le sujet de la durabilité devienne monnaie courante dans les rapports entre conseillers et investisseurs.

Dans un ordre d’idée similaire, il est urgent que s’opère une démocratisation des produits financiers verts ou durables. Un pas supplémentaire doit être franchi afin d’étoffer l’offre actuelle en proposant une variété de produits standardisés et à haut impact durable.

3.3.4        Formation professionnelle et continue

Quelle que soit la nature des institutions financières abordées, aucune des mesures pré-­‐citées ne peuvent se concrétiser sans la création de programmes aboutis de formation aux aspects durables de la finance.

L’engagement des élites financières est indissociable de la création de formations et de sensibilisations destinées aux décideurs, senior management, et membres des boards des institutions financières. Une couche exécutive informée sera clé pour instituer le changement culturel nécessaire tout autant que pour promouvoir et légitimer les concepts de la finance durable au sein de leur organisation.

Ce premier pas ne saurait bien sûr être suffisant s’il n’était complété par une formation dispensée à tous les échelons des institutions financières, et plus particulièrement, aux conseillers financiers en contact direct avec les investisseurs. Bien souvent peu à l’aise avec les problématiques d’investissements durables, ceux-­‐ci rechignent à aborder le sujet par manque de connaissances ou de confiance en ces produits. Seule une formation solide et généralisée aux acteurs financiers permettra de faire passer la durabilité et les produits qui lui sont associés comme des sujets mainstream de la finance.

A cet égard, la création de programmes de Bachelor ou de Master spécialisés en finance durable ou encore la démocratisation de programmes de formation continue en la matière s’avère considérablement nécessaire à la constitution d’une expertise durable in-­‐house propre à chaque institution financière. On notera par ailleurs que les associations financières régionales ou nationales ont un rôle clé à jouer dans la construction de ces programmes, qu’ils soient académiques ou continus, ainsi que dans la diffusion d’une expertise sectorielle en matière de durabilité.

Dans les organismes financiers où l’expertise durable est présente, on constate que celle-­‐ci reste encore trop souvent confinée dans de petites équipes d’experts parfois marginalisées. Aussi importera-­‐t-­‐il à l’avenir de diffuser l’expertise durable afin que celle-­‐ci s’infuse dans l’organisation de chaque institution.

C’est bel et bien en généralisant l’accès aux connaissances en matière de finance durable que le mouvement d’évolution (ou de révolution) du marché financier suisse s’enclanchera vers un modèle durable.

3 Conclusion

S’il est urgent pour la Suisse de se positionner entant qu’acteur clé de la finance durable, de nombreuses barrières tant formelles qu’informelles semblent encore freiner l’évolution envisagée dans notre Scénario 2. Parmi les moteurs que nous avons identifiés lors de notre analyse, une demande accrue des individus et institutions pour des produits financiers durables devrait bel et bien constituer une impulsion à cette évolution. Pour autant, l’évolution vers une finance durable est absolument indissociable d’une action étatique visant à offrir les conditions cadres favorisant une « durabilisation » de la finance suisse. Que ce soit par le biais de l’obligation de reporting ESG, d’une fiscalité plus étudiée, de l’investissement public via les green bonds ou encore de la création d’organes de standardisation ou de labellisation.

Mais il y a fort à penser que l’impulsion clé à l’adoption d’une finance durable se jouera aussi au niveau des acteurs  de  la  finance  suisse  eux-­‐mêmes.  Outre  la  nécessité  d’un  engagement  crédible  de  la  part  des  élites financières suisses, la création d’une Finantzplatzinitiative par les associations et acteurs de la finance nationale pourrait jouer un rôle majeur à la diffusion de pratiques durables. Etant donné leur importance dans l’industrie financière suisse, on ne saurait compter sans l’influence des banques privées ainsi que des investisseurs institutionnels pour donner une impulsion à cette évolution, notamment par le biais de la diffusion des critères ESG. Une révolution dans les produits proposés est nécessaire pour répondre à la demande croissante d’ISR ; mais au-­‐delà de l’offre, il urge que les discussions conseiller-­‐client soient envisagées sous le prisme de la durabilité. A cet égard, et de manière générale, un élan de formation – de base comme continue – est fort souhaitable. Celle-­‐ci permettrait d’envisager la durabilité comme un sujet mainstream de la finance en Suisse, mais elle est surtout le gage d’une révolution dans les pratiques.

 

Notes de bas de page dans l’ordre d’apparition

1 Sustainable Finance Geneva (2009). L’avenir de la place financière suisse passe-­‐t-­‐il par la finance durable ?, Sustainable Finance Geneva.

2 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 10.

3 Morgan Stanley, Campden Wealth (2014). Next Generation Wealth, Defining a New Direction, The Morgan Stanley Private Wealth Management/Campden Wealth Next Generation Wealth Report 2014.

4 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 26.

5 G20 Green Finance Study Group, (2017). G20 Green Finance Synthesis Report 2017. G20 Green Finance Study Group.

6 High-­‐Level Expert Group on Sustainable Finance, (2017), Financing a Sustainable European Economy, European Commission.

7 Hachigian, Heather (2016) Responsible investment in the Netherlands, in: Hebb, T., J.P. Hawley, A.G. Hoepner, Agnes L. Neher, and D. Wood, (eds.),The Routledge Handbook of Responsible Investment, Routledge, 300–312.

8 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 20.

9 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 32

10 High-­‐Level Expert Group on Sustainable Finance, (2017), Financing a Sustainable European Economy, European Commission, p.15

11 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 28 12 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 23 13 Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper, p. 29. 14 Natixis Gobal Asset Management (2017) Mind Shift – Getting Past the Screens of responsible Investing.

 

5 Bibliographie

Annette Krauss, P. K. (2017). Sustainable Finance in Switzerland: Where do we stand? Swiss Finance Institute White Paper. FNG/Swiss Sustainable Finance (2017). Le marché de l’investissement durable en Suisse, Extrait de l’enquête de marché 2017 sur l’investissement durable.

G20 Green Finance Study Group (2017). G20 Green Finance Synthesis Report 2017. G20 Green Finance Study Group.

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WBCSD (2017). Insights from the Reporting Exchange: ESG reporting trends, Climate Disclosure Standard Board.

justine // 24.05.2018

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