Lors du 4e Geneva Summit on Sustainable Finance, SFG a rencontré Nick Hughes, précurseur dans les paiements digitaux en Afrique. Cet entrepreneur a co-fondé M-Kopa en 2010. Il est aussi l’initiateur de M-Pesa en 2003. Il revient sur ses activités et nous livre sa vision de la finance durable.

Après le succès que M-Pesa, actif dans les solutions de paiements digitaux, a connu depuis son lancement en 2003 sous l’impulsion de Nick Hughes, ce dernier s’est lancé en 2010 un nouveau défi. Avec M-Kopa, il propose des solutions énergétiques dites propres pour les personnes qui n’ont pas accès au réseau électrique, mais qui ont un téléphone portable et donc peuvent effectuer des paiements digitaux. Concrètement, M-Kopa met à disposition des ménages africains des panneaux solaires. Après un premier paiement initial modeste, l’utilisateur s’acquitte de quelques centimes par jour. Une année plus tard, l’installation lui appartient.

Un avenir assuré

Aujourd’hui, l’entreprise dénombre 650 000 consommateurs en Afrique de l’Est. Ce marché de l’énergie propre payable via mobile est considérable dans les pays en voie de développement et l’avenir de ce business est plus que radieux. «Les paiements digitaux sont la porte ouverte à l’amélioration de nombreux domaines comme la vie quotidienne, la santé ou l’éducation», assure  Nick Hughes. Fort de ce constat, M-Kopa souhaite louer des biens courants, moyennent un paiement quotidien ou mensuel, à l’instar d’un frigo, d’une télévision ou d’une machine utile à la pratique d’une activité professionnelle. Ce visionnaire voit encore plus loin: «Nous pourrions franchir une étape supplémentaire en proposant, par exemple, des programmes éducatifs payants via la télévision du ménage».

L’éducation, voilà un autre fer-de-lance de cet «entrepreneur social». Ainsi, grâce à la lumière apportée dans les foyers kenyans, certains enfants ont la possibilité d’étudier davantage, notamment le soir, et ainsi accroître leur niveau d’éducation. Il est aussi fier de soutenir, à sa manière, la création de microentreprises. Selon M-Kopa, environ 30% de ses utilisateurs mettent à disposition de leurs voisins de l’électricité moyennant un coût de location, ceci leur permet d’accroître leurs revenus alors que d’autres utilisent leurs solutions pour lancer leurs petites entreprises… «Ce qui compte à mes yeux, c’est d’amener des solutions digitales pour résoudre des problématiques concrètes dans certains pays» se félicite Nick Hughes.

Une technologie de pointe

Cette connectivité digitale entre les paiements mobiles et l’énergie propre offre des opportunités intéressantes. Notamment l’accès aux données. Un avantage non négligeable. Les transactions monétaires effectuées, notamment via M-Kopa, sont traçables et la manière de consommer de chaque ménage peut être analysée. Toutes ces données permettent d’adapter les futures offres proposées par la société tout en permettant le suivi de la solvabilité des clients

À la conquête du reste du monde?

Si la société kenyane d’énergie solaire est bien établie en Afrique de l’Est, elle envisage de proposer ses solutions sur d’autres continents. Elle a déjà entrepris certaines démarches, non sans rencontrer quelques difficultés: «le frein vient principalement des gouvernements qui souhaitent protéger leurs citoyens à l’instar de l’Inde, explique Nick Hughes. Mais l’une des principales barrières à l’implantation de nos solutions dans un pays réside, non pas dans la technologie, qui elle a fait ses preuves, mais dans l’administration des certains pays qui tend à ralentir la mise en place de nos services». Quant à l’Europe, il estime que la problématique des transactions monétaires n’existe pas. En effet, les personnes ont accès à un compte bancaire, possèdent des cartes de paiement et les distributeurs d’argent sont nombreux. La nécessité n’est dès lors pas la même.

À n’en pas douter, Nick Hughes et son entreprise sauront s’adapter et trouver des solutions pour conquérir de nouveaux marchés. L’entrepreneur rencontre cependant un obstacle : le manque de soutien des banques. « Ce serait bien si elles supportaient davantage les entrepreneurs qui s’impliquent dans l’amélioration du quotidien des populations, tout en respectant le développement durable. En travaillant main dans la main avec les banques, nous pourrions accomplir de grandes choses». Pour lancer M-Kopa, il admet avoir dû supporter un emprunt à un taux annuel de 18%. Un tarif qu’il juge très excessif.

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